Première partie : La sortie de crise,un problème complexe à plusieurs inconnues
La question de l’équilibre des forces s’est toujours posée en politique. Elle se pose avec plus d’acuité dans les pays qui connaissent les premiers balbutiements de la démocratie. Le continent africain traverse cette expérience depuis les années 90.
C’est l’époque où l’ancien président François Mitterrand a invité dans son discours de la Baule l’Afrique a s’engagé dans la voie démocratique.
Mon objectif n’étant pas de faire l’historique de différents parcours pour l’instauration de la démocratie en Afrique, je dirai tout simplement que les pays qui se sont engagés les premiers dans cette voie n’ont pas totalement eu tort. Les conférences nationales au Congo Brazzaville, au Bénin et ailleurs n’ont certes pas eu les résultats escomptés. Cependant, elles ont permis de poser les premiers jalons de pouvoirs politiques issus d’éléctions pluralistes plus ou moins libres et transparentes.
Les pays qui ont récusé l’expérience de débats nationaux pour exorciser le passé connaissent actuellement plus de problèmes. S’engager dans la voie du suffrage universel a, en dépit des insuffisances, balisé l’avenir et abouti à certains changements démocratiques. Le plus souvent, le face- à face entre les pouvoirs militaires en place et la nouvelle opposition a généré réconciliation nationale, apaisement social et décollage économique
La Guinée fait partie des pays qui ont tout refusé en bloc : pas de conférence nationale ni d’ouverture politique. Les éléctions qui eurent lieu entre 1993 et 2008 sont tout sauf démocratiques et leur caractère pluraliste était de façade.
La situation actuelle de notre pays s’explique en partie par le lourd héritage du Parti Démocratique de Guinée (PDG) et l’autisme du Général Lansana Conté de s’ouvrir à son époque. Il s’est voulu le gardien chef d’une maison dont les portes sont éventrées de tout côté et le patriarche d’un parti politique : le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) qui s’est montré fermé à toute contradiction.
A sa mort, ce sont les vigiles qui assuraient la ronde, autour de la maison s’entend, qui l’ont occupé. Prétendant balayer la devanture, ils ont conservé le mobilier.
La question qui se pose actuellement, c’est comment déloger les nouveaux occupants sans que le sang ne coule encore. La solution envisageable est à plusieurs variables ou inconnues.
Les uns, je veux dire les occupants actuels, du moins une partie d’entre- eux, ont commencé à prendre conscience que la maison est commune et qu’ils doivent la libérer. Les autres, les Guinéens et leurs représentants commencent à se dire qu’un partage n’est peut- être pas utopique. Tous les deux savent cependant que partager n’est pas aussi facile et acceptable.
C’est à ce niveau que se situe la première complexité de l’équation- Guinée : Comment aboutir à une sortie de crise par un partage ou un consensus tout en sachant qu’il ya des variables non négociables ?
Le Général Konaté a posé un premier jalon. Un de plus, me dira- t- on ! Mais, depuis le jour où Moussa Dadis est devenu le gibier de Toumba Aboubacar Diakité, la donne a changé. Seuls les plus radicaux du CNDD et leurs alliés refusent cette réalité.
L’appel fait aux Forces Vives (et à l’opposition) de proposer un Premier Ministre est la solution envisagée. Inutile de dire qu’il faut éviter de retomber dans l’erreur de décembre 2008. Nous avons vu et surtout compris que Dadis est un faux prophète.
Ce Moïse- là n’a pas sécher la rivière des larmes que le peuple de Guinée a connue depuis 1958. Il a ouvert de nouvelles digues pour écouler davantage de sang et de larmes !
Les massacres du 28 septembre ont drainé vers l’Atlantique qui borde la capitale guinéenne plus de sang et d’horreur que ne l’ont fait les complots successifs, le 22 novembre 1970, le Camp Boiro et les autres geôles du pays réunis.
L’espoir se porte à nouveau vers un autre fils de la Guinée. Un proche de Dadis et un ami dit- on ? Qu’allons- nous faire ?
Je ne détiens pas la solution et je n’en proposerai pas une qui ne soit certainement pas évoquée. J’attirerai plutôt l’attention sur certains points :
Depuis l’annonce de Konaté, on voit à nouveau fleurir sur le net, encore ce machin de la technique, les propositions les plus réfléchies et les plus déroutantes.
Je commencerai par dire à tous ceux qui commencent d’affubler Konaté de titres de gloire et de surnoms de bien vouloir arrêter. C’est ainsi qu’on a fabriqué, que dis- je, affolé Dadis plus qu’il ne l’était.
Konaté n’est ni le messie encore moins le sauveur, pas plus le Général- Président. Il est tout simplement Sékouba Konaté et, éventuellement président du CNDD et non de la République.
Le seul Président qu’il nous faut, ce sera celui qui sortira des urnes après les élections libres et transparentes que souhaite la majorité des Guinéens. Arrêtons donc les superlatifs sur El Tigré qui risque, à force d’éloges et d’encensements de commencer à griffer !
Par- ci par là, nous voyons des dénonciations et des attaques personnelles contre les leaders politiques des Forces Vives.
Des reproches et des calomnies de toutes sortes fusent de partout et sont revenues de plus bel. Dites- moi si on est à la fois contre le CNDD et les Forces Vives, on est avec qui ? Pourtant, en politique, il faut, plus que dans tous les autres domaines de la cité, un choix.
Ce sont les Forces Vives à travers leurs actions politiques et leurs initiatives individuelles et collectives qui nous ont permis d’aboutir à l’appel de Konaté et du CNDD.
Bien négociée, la proposition actuelle peut être un début de solution. Pourvu que les leaders politiques, syndicaux et de la société civile ne tombent pas dans le piège et l’appât de poste. Le respect des revendications des Guinéens contenues dans les négociations d’Abuja et les rencontres successives de Ouaga doit être non négociable.
L’action des syndicats dont les leaders Rabiatou Sérah Diallo, Ibrahima Fofana et tant d’autres de la société civile doit être reconnue à leur juste valeur et soutenu comme telle. Si, dans le passé, les syndicalistes ont commis des erreurs d’appréciation, il ne faudrait pas que cela occulte leur combat. Ne dit- on pas que ne se heurte que celui qui marche ?
Les armes sont déjà dégainées de toutes parts pour prédire qui sera le premier Ministre et des noms circulent sur le web.
Bon Dieu ! Les Guinéens ne se battent pas pour un Premier Ministre. Ils ont donné leur vie pour un changement démocratique effectif et durable. La course, sans préalable, à ce poste relève de l’opportunisme politique. N’est- ce pas les chefs de parti qui ont perdu toute crédibilité aux yeux de nos compatriotes qui se positionnent aujourd’hui comme du temps de Dadis ? Ils firent de même sous le Général Conté. Apparemment, leur pseudo alliance n’a pas retrouvé le sommeil depuis l’annonce de Konaté.
Si ce ne sont pas ces pseudo- opposants au CNDD, ce sont les agitateurs qui se prennent pour des leaders politiques qui font des mains et des pieds pour apparaître premier ministrables. Décidément ! La politique ressemble à la femme rêvée et non possédée qui empêche les obsédés de dormir.
Je crois fermement que les acteurs politiques qui œuvrent pour le changement prendront le recul nécessaire pour trouver la solution la mieux adaptée pour une sortie de crise. Si celle- ci nécessite la nomination d’un Premier Ministre, les Forces Vives trouveront la personne la mieux indiquée.
Pour le moment, nous devrions réfléchir à la manière la mieux adaptée pouvant conduire à la sortie de crise et pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Avec Konaté, sûrement, mais à quel titre et à quel prix ? D’où la demande des Forces Vives de l’officialisation du statut du Ministre de la Défense comme Président du CNDD ! Qui ignore qu’en l’état actuel des choses que tout est si aléatoire que n’importe qui au sein de la junte pourrait renverser la balance. Compromettre le cours des événements et remettre en cause la parole dite officielle. Ne vivons- nous pas quotidiennement entre les propos incendiaires et confusionnistes d’un Idrissa Shérif et les discours ou communiqués qui se veulent rassurant du gouvernement.
Justement, le dernier exemple de la confusion au sommet ne remonte- t- elle pas au récent démenti frontal que Tiégboro a apporté aux propos du Président intérimaire sur la santé de Dadis ? Qui pourrait dire, dans ces conditions que le moment est au déni d’autorité ou de légitimité des Forces Vives ?
Je dis attention ! Le sens de la mesure doit, aujourd’hui encore, plus que par le passé prévaloir sur tout. Naturellement, toutes celles et ceux qui ne peuvent se contenter des Forces Vives, à moins de supporter le CNDD comme il ya encore, pourraient créer un nième parti politique. Le centième peut- être !
En tout état de cause, ayons en mémoire cette assertion d’Emmanuel Mounier : « Il y a (...) à la base du comportement humain un problème complexe d'équilibre de forces. L'homme en état de bonne santé psychologique doit à chaque moment rétablir une équation toujours menacée. »
Nous devons, nous Guinéens, nous atteler à résoudre de la manière la plus lucide, la plus paisible et la plus consensuelle possible, notre équation commune : sortir notre pays de l’impasse et des risques qui pèsent sur lui.
A suivre Deuxième Partie : La guinée post- Dadis : la fin des faucons ou celle des modérés ?
Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.fr