L'opposition zimbabwéenne pourrait se plier à un second tour sous condition
L'opposition zimbabwéenne semblait s'orienter dimanche vers une participation sous condition à un second tour de l'élection présidentielle face au chef de l'Etat Robert Mugabe, même si aucune décision formelle n'a encore été annoncée.
Morgan Tsvangirai, 56 ans, fondateur et président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), doit s'exprimer lundi sur ses intentions, selon son porte-parole George Sibotshwe.
L'ancien syndicaliste, dont le parti a remporté une victoire historique à la Chambre des députés, était toujours en Afrique du Sud dimanche. Depuis quatre semaines, il n'est pas rentré au Zimbabwe, où le régime a implicitement menacé de l'inculper pour "trahison".
Arrivé largement en tête du premier tour de la présidentielle avec 47,9% des suffrages contre 43,2% pour M. Mugabe, il n'a toutefois pas atteint la majorité absolue, selon les chiffres annoncés vendredi par la Commission électorale.
Le MDC, qui a revendiqué depuis le début la victoire avec plus de 50% des suffrages, martèle qu'un second tour "n'est pas nécessaire" et assure que M. Mugabe devrait "accepter sa défaite" et se retirer.
Pour l'opposition, comme pour nombre d'organisations de défense des droits de l'Homme, les violences et intimidations qui règnent dans le pays depuis le 29 mars ne permettent pas l'organisation d'un scrutin "libre et équitable".
Mais M. Tsvangirai a une marge de manoeuvre très limitée: s'il décide de se retirer, Robert Mugabe, 84 ans, conservera automatiquement la présidence du pays qu'il dirige depuis l'indépendance en 1980.
Conscient de ce risque, le MDC semblait s'orienter dimanche vers une participation au second tour mais sous "un certain nombre de conditions", décrites à l'AFP par un responsable du parti.
Les Nations unies "doivent être invitées à observer le second tour", la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) "doit aider" la Commission électorale et les résultats "doivent être annoncés dans les 48 heures après le scrutin", a-t-il détaillé sous couvert d'anonymat.
"Nous demandons aussi que les soldats quittent les zones rurales et rentrent dans leurs casernes", a-t-il ajouté.
La date du second tour n'a pas encore été annoncée, mais la Commission électorale se réunira "dès que possible" pour la fixer, a déclaré son président George Chiweshe, cité dimanche par l'hebdomadaire d'Etat Sunday Mail.
Dans un contexte caractérisé par une hausse des "violences, tortures et pillages", selon
les termes de la SADC, l'hypothèse d'un accord négocié qui permettrait d'éviter un second tour est régulièrement évoquée.
L'ex-ministre et candidat à la présidentielle Simba Makoni, qui a récolté 8,3% des suffrages, a ainsi recommandé aux dirigeants politiques de "travailler ensemble", estimant qu'un second tour serait ruineux pour le pays.
Le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir en Afrique du Sud, a également suggéré la recherche d'un compromis politique.
"Nous devons nous demander si un deuxième tour est ce qu'il y de mieux pour le Zimbabwe où si (les responsables politiques) peuvent parvenir un accord négocié", déclare son secrétaire général, Gwede Mantashe, dans un entretien dimanche au Sunday Times.
Preuve des débats qui traversent le clan du président Mugabe, cette question a fait l'objet de déclarations contradictoires.
Trois jours avant l'annonce des résultats, l'ambassadeur zimbabwéen à l'ONU estimait qu'il était inévitable que le régime et l'opposition travaillent ensemble.
Quelques heures plus tard, le porte-parole du gouvernement Bright Matonga rejetait abruptement cette hypothèse. "S'il doit y avoir un gouvernement d'union nationale, il ne pourra pas inclure Morgan Tsvangirai parce que c'est un vendu", déclarait-il.