|
Archives |
||||
|
La Guinée ségréguée aux conventions de Lomé 15.04.2008 / 14:21 Ce dernier article relatif aux conséquences de la proclamation de l'indépendance du 2 octobre 1958, nous permettra de comprendre que malgré le rapprochement de la Guinée du monde occidental en 1975, notamment de la Communauté économique européenne, elle a été lésée dans les Conventions de Lomé I, II et III. C'est dire que les chances étaient minimes pour notre pays de s'en sortir tant les contraintes qui pesaient sur lui dépassaient de loin celles imposées aux autres pays ACP. Ici nous allons aborder les conséquences des trois dates glorieuses sur le plan de la coopération multilatérale, précisément avec la Communauté économique européenne. Nous avions dit qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que la Guinée continue de bénéficier du financement du 1 er Fed , par le simple fait qu'elle a divorcé d'avec la France. Juridiquement , rien n'empêchait à la Guinée de profiter de ces fonds, dans la mesure où la Quatrième partie du Traité de Rome liait la Guinée à la Communauté économique européenne et non à la France seule. En réalité la Guinée n'a été exclue que d'une seule convention, la Convention d'application du 25 mars 1957, qui était financée par le 1 er Fed . Elle n'a pas eu la possibilité de négocier son adhésion aux Conventions de Yaoundé (I et II) de 1963 et 1969. Ainsi, du 29 septembre 1958 au 27 février 1975, la République de Guinée a été rejetée par l'Europe occidentale malgré ses tentatives de réintégration de la CÉE des 27, 28 et 29 février 1959. Le premier fonds européen de développement (1 er Fed ), support de la Convention d'application, dotait la coopération CÉE-colonies de 580 millions d'Ecus. L'essentiel du fonds (plus des deux tiers) était consacré à l'équipement de base des colonies. Le début de la mise en œuvre de ce programme correspondait à la Révolution guinéenne. La Guinée ne pouvait donc pas en bénéficier. C'est dire que de 1957 à 1963, la Guinée n'a bénéficié d'aucun apport financier et technique de la part de l'Occident européen. La première Convention de Yaoundé (Convention de Yaoundé I) dotait le 2 ème Fed de 800 millions d'Écus. La priorité était toujours accordée aux infrastructures de base pour les Etats nouvellement indépendants. La France et la RFA ne voulaient toujours pas de la Guinée au sein de l'organisation communautaire. Les raisons de la France étaient connues des Guinéens et de la communauté internationale. Celles de la RFA ont pour origine la reconnaissance de la République démocratique Allemande (DDR) par le gouvernement guinéen. Rappelez-vous la menace de la R.F .A. en date 22 novembre 1962 « … le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne… refuserait de ratifier l'association de l'Europe des six avec les pays africains qui reconnaîtraient l'Allemagne de l'est. » Cette convention avait alloué un montant à la « promotion de la production et à la diversification des cultures commerciales » dans les ÉAMA. La deuxième Convention de Yaoundé (Convention de Yaoundé II) dotait le 3 ème Fed d'un milliard d'Écus dont 72% était consacré toujours aux infrastructures de base dans les pays africains et malgache associés. Toujours rien pour la Guinée de la part de la France ou de la CÉE. Ce Fed s'est intéressé « davantage aux productions vivrières au niveau des populations locales » dans les ÉAMA. L'on comprend en conclusion que la Guinée ne pouvait compter que sur ses propres efforts et sur ceux de ses partenaires socialistes qui connaissaient mal le pays. La haine de la France pour la paire de gifles de Sékou Touré à Charles de Gaulle, la reconnaissance massive de la DDR par les États indépendants d'Afrique suite à celle de la Guinée et le soutien du gouvernement guinéen aux mouvements de lutte de libération nationale dans les colonies portugaises ont constitué les prodromes de l'agression du 22 novembre 1970. A partir de 1974, les réconciliations guinéo-allemande et guinéo-française sont négociées sous l'égide des Nations unies à la suite du voyage, en mars 1974, en Guinée, du secrétaire général de l'Onu, Kurt WALDHEIM. Les normalisations se sont opérées avec Bonn, le 22 juillet 1974 et avec Paris, le 14 juillet 1975. Ce rapprochement a permis à la Guinée d'établir des relations avec la CÉE dans le cadre de la Première convention de Lomé (Lomé I) signée le 28 février 1975. Nous allons analyser trois aspects liés aux 3 premières Conventions de Lomé financées par les 4 ème , 5 ème et 6 ème Fed . En effet, le choix des secteurs d'intervention, le rapport entre le montant des subventions et celui des prêts et capitaux à risques, et la liaison de l'aide surtout pour le Stabex n'ont pas milité en faveur de la Guinée pendant plusieurs années de coopération avec la CÉE. Les Fed accordèrent au secteur du développement industriel le montant de 76 745 913 Ecus dont 63 106 913 Ecus furent affectés à deux usines, soit 83,23%. Pourquoi cette facilité de financement pour rien que 2 usines dans un pays où tout est à faire ? Il se trouvait que ces usines devraient être rénovées et reprises par des entreprises des pays membres de la Communauté : Unicot (Groupe textile grec) pour l'Usine textile de Sanoyah et Chovet engineering chargée de la remise en route de Soguiplast. Dans la mesure où plus de 50% des interventions de la CÉE en Guinée dans le cadre des conventions de Lomé I et II furent accordées à l'Usine textile de Sanoyah et l'Usine plastique, et vu les résultats auxquels l'on a abouti, la Coopération dans le domaine industriel « a été une catastrophe » nous a dit M. Gérard Hill, ancien responsable du Dossier Guinée à la D.G. VIII. Un autre aspect des protocoles financiers a retenu notre attention. Il s'agit du rapport entre le montant des subventions et celui des prêts et capitaux à risques. L'aide assortie de conditions de remboursement était très importante dans la Coopération CÉE-Guinée : 43,98% pour la Convention de Lomé I et 34,73% pour Lomé II et Lomé III confondus. Les moyennes pour les Etats ACP étaient de 0% (1 er Fed ), 6.8% (2 ème Fed ), 10% (3 ème Fed ), 17% (4 ème Fed ), 14% (5 ème Fed ), 14% (6 ème Fed ), etc. Enfin, au titre des transferts Stabex , système de stabilisation des recettes d'exportation de produits de base institué depuis Lomé I, la Guinée était fortement lésée. De 1975-1988, les montants nets reçus au titre de ces transferts étaient pour la Côte d'Ivoire de 333 414 998 Ecus, pour le Sénégal de 214 191 139 Ecus, pour le Cameroun 146 686 915 Ecus, pour la Sierra Leone de 18 328 403 Ecus, pour la Guinée-Bissau de 17 819 176 Ecus, etc. Pour la Guinée , nada (rien) ! C'est bien utile de comprendre que même avec l'Europe, la Guinée était étranglée. Dieu merci que nos dirigeants d'alors aient pu nous léguer une Guinée en paix et toujours indépendante avec moins de 3 milliards de dollars US de dette et des ressources naturelles non spoliées et non bradées. Qu'Allah le Très-Haut bénisse la Guinée ! Amen !
Me Alpha Oumar SY SAVANE , Professeur, géographe internationaliste Et spécialiste en géostratégie. Courriel : aosysavane1@yahoo.fr Tél. : (00224) 64 20 59 19
|
|||||
|
|||||