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Après le vote négatif légendaire à la Constitution de la V ème République française le 28 septembre 1958, la Guinée a accédé à l'indépendance le 2 octobre de la même année. Cette séparation forcée de la métropole qu'était la France n'est pas restée sans conséquences pour la jeune République. Il nous revient, dans cet article, de parler de certains aspects de notre indépendance dont on parle rarement sur les chaînes nationales de radio et de télévision depuis plus de 40 ans. Il est difficile de parler uniquement des conséquences de la proclamation d'indépendance du 2 octobre sans parler de celles du non à la Constitution de la V ème République française du 28 septembre. Cette difficulté se situe à deux niveaux, d'abord, les conséquences du vote du 28 septembre étaient à l'origine de celles du 2 octobre, et ensuite, celles-ci étaient prévisibles à partir de celles-là. Même si la Guinée avait retardé la proclamation de son indépendance, pour la faire au même moment que les autres colonies de l'Afrique occidentale française (A.O.F.), la France n'allait jamais tolérer "l'affront", ‘'la malveillance'' et ‘' la sécession" du pays. Le Haut-commissaire de la République en Afrique occidentale française de 1958 à 1959, Pierre Messmer, notait en 1992 : « J'étais et je suis encore certain qu'il était nécessaire en 1958 de traiter la Guinée sévèrement. Seuls de tous les territoires français à avoir voté "non", elle se trouve sous les projecteurs de l'actualité nationale et internationale . Son cas est devenu exemplaire… Le meilleur moyen est d'interrompre immédiatement toute aide et toute coopération… » Le traitement sévère réservé à la jeune République a commencé par le retrait de l'administration coloniale et des fonctionnaires des services fédéraux. La France ne voulant pas d'une Guinée sous les projecteurs de l'actualité nationale et internationale a considéré celle-ci comme une colonie sécessionniste. Par la suite, tous les ?vivres? seront coupés au pays afin de mettre la Guinée à genoux. La conséquence de cette politique d'isolement du pays a été bénéfique pour la Guinée dans la mesure où elle a crée un élan de solidarité internationale en sa faveur de la part des Africains d'autres colonies, des Antillais, Guadeloupéens, des Français et surtout des gouvernements des pays de l'Europe de l'est, du Viet Nam, de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, de la Chine , etc. Une autre conséquence, sur laquelle nous allons davantage insister, est l'exclusion de la Guinée de la Convention d'application signée le 25 mars 1957 entre les Pays et Territoires d'Outre-mer et la Communauté économique européenne (CÉE) et des Conventions d'association (Yaoundé I et II) signées respectivement les 20 juillet 1963 et 29 juillet 1969 entre les Etats africains et malgache associés (EAMA) et la CEE. Il faut signaler qu'à l'origine de la Communauté économique européenne, une volonté de gestion des ressources françaises et allemandes de charbon et d'acier, qui étaient les nerfs de toutes les guerres entre les deux pays, dans une communauté ouverte aux pays européens. Le 25 mars 1957 fut signé le Traité dit Traité de Rome instituant la CÉE avec à bord 6 pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-bas) ; aujourd'hui elle est à 27 pays. Ce traité a tenu compte des liens unissant plusieurs signataires, plus particulièrement la France , à leurs colonies. C'est dans les perspectives de la Communauté franco-africaine que la France a obtenu de ces partenaires très réticents qu'un pont soit jeté entre l'Europe et les Pays et Territoires d'Outre-mer, c'est-à-dire les colonies (une vingtaine). La convention d'application est matérialisée par la Quatrième Partie du Traité de Rome dans ses articles 131 à 136. Cette Partie dans son article 131 dispose : « Les Etats membres conviennent d'associer à la Communauté les pays et territoires non européens entretenant avec la Belgique , le Danemark, la France , l'Italie et les Pays-bas, des relations particulières… Le but de l'Association est la promotion du développement économique et social des pays et territoires, et l'établissement de relations économiques étroites entre eux et la Communauté dans son ensemble… L'Association doit en premier lieu permettre de favoriser les intérêts des habitants de ces pays et territoires et leur prospérité, de manière à les conduire au développement économique, social et culturel qu'ils attendent. » . C'est donc une gestion collective des colonies qui venait de commencer. Pour ce faire, l'Europe a institué par l'article 1 er de la Quatrième Partie le Fonds européen de développement (FED), instrument principal de la coopération financière et technique que la CÉE mène avec les pays et territoires et ensuite avec les pays en développement. Le même article fixe les modalités de participation des Etats membres de la Communauté aux mesures propres à promouvoir le développement social et économique des pays et territoires « … par un effort complémentaire de celui accompli par les autorités responsables de ces pays et territoires. » L‘exclusion de la Guinée de la Convention d'application de 1957 est due au fait que l'Association CÉE-Pays et territoires est d'obédience française. La Guinée a divorcé d'avec la France dans des conditions courageuses considérées comme outrageantes par celle-ci. Et nous avons dit plus haut que le gouvernement français, pour laver l'affront de la Guinée , avait décidé de couper tout à celle-ci afin de la mettre à genoux. Donc non seulement la Guinée a été exclue de la convention d'application de 1957, mais aussi des conventions d'association signées plus tard (Conventions de Yaoundé I et II). Cette exclusion a privé notre pays d'importantes ressources qui ont justement permis la réalisation d'importantes infrastructures dans les autres pays associés pour plus de 2 milliards 350 millions d'Ecus. Les ressources allouées aux 1 er , 2 ème et 3 ème FED ont contourné la Guinée. Pourtant , certains pays du Marché commun, notamment les Pays-bas, se sont toujours opposés à toute forme de discrimination vis-à-vis des pays en développement quant à leur association avec l'Europe communautaire. Et mieux, suite à la déclaration du gouvernement français publiée le 29 septembre 1958, Sékou Touré répondait : « La Guinée ne peut plus rompre avec la France qu'avec ses partenaires. Nous voulons demeurer dans l'orbite française, donc occidentale dans tous les domaines. » Mais la Guinée apprendra à ses dépens que « Si l'infidélité politique est répréhensible, la révolte contre le système économique global est impardonnable. La première peut provoquer des sanctions. La réponse à la seconde ce sont des représailles sans merci : cessation de l'aide d'abord et dislocation économique par exclusion des récalcitrants du système lui-même. » Malgré les tentatives de relance de la coopération initiées par le gouvernement guinéen, il ne réussira pas à mettre la France en minorité au sein de la Communauté. Le 22 novembre 1962, « … On apprend que le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne a informé les autres membres du Marché commun qu'il refuserait de ratifier l'association de l'Europe des six avec les pays africains qui reconnaîtraient l'Allemagne de l'est. » Il n'y a pas eu que ces conséquences nuisibles, d'autres plus reluisantes et plus importantes ont souri à la Guinée. A partir du 2 octobre 1958, la Guinée était un Etat au même titre que la France. Elles s'assoyaient d'égale à égale au tour de toutes les tables du monde même si celles-ci étaient au Palais de l'Elysée. Le gouvernement guinéen pouvait non seulement parler au nom des Guinéens, mais aussi et surtout des Africains opprimés. « Cet évènement [l'indépendance de la Guinée ] a provoqué et accéléré l'accession d'autres pays à l'indépendance faisant de la Guinée un point d'appui essentiel pour toutes les luttes de libération nationale en Afrique. » (Général Lansana Conté) Le choix politico-historique de la Guinée a fait d'elle le phare de l'Afrique et le fer de lance de la lutte pour l'indépendance totale et sans conditions du continent. « C'est un fait incontestable que sans l'indépendance de la Guinée dans les conditions de rupture connues de tous, les pages de l'histoire du PAIGC seraient écrites autrement… » Pour le secrétaire général de l'ANC, Nelson Mandela , l'apport de la Guinée à la libération de l'Afrique du joug colonial et de l'apartheid est sans commune mesure : « Nous avions entrepris une longue tournée dans les différents pays d'Afrique dont l'Ethiopie, le Ghana et la Guinée. A Conakry, le Président Sékou Touré nous a proposé un bref séjour à Foulaya pour un apprentissage rudimentaire de maniement des armes, ne serait-ce qu'à titre d'autodéfense. Bien que j'ai accepté l'offre car il aurait été maladroit de la refuser, j'ai cependant tenu à dire à mon illustre interlocuteur que mon périple avait pour objet de solliciter une aide financière auprès des Etats africains indépendants au profit de l'ANC. Le président promis que je recevrai sa commission par son garde de corps, une fois dans l'avion. Et quand j'ai ouvert la sacoche que je venais de recevoir des mains du capitaine Mamadou Bah , quelle ne fut ma surprise de constater qu'elle contenait deux cent milles (200 000) dollars US , alors que jusque-là, nous ne recevions que cinq ou dix milles dollars US des autres donateurs. » Poursuivant ses propos, Mandela regrettera l'annulation, in extremis , de la visite d'Etat qu'il devrait effectuer en Guinée un an plus tôt au mois de février 1996. Partout dans le monde, le Guinéen bénéficiait des mêmes attentions que tout Européen, Américain ou Chinois. La Guinée a pris part à toutes les formes d' Opérations de maintien de la paix des Nations unies et à toutes les opérations d'extinction des conflits en Afrique occidentale, depuis 1960, au Congo démocratique jusqu'au Liberia et à la Sierra Leone , en passant par le Burundi, la Guinée-Bissau , etc. Elle s'est battue sur les terrains de combat en Afrique pour la libération du continent du joug colonial. Elle a fourni des cadres aux pays nouvellement indépendants. Elle a initié toutes les organisations panafricaines et les a dirigées pendant plusieurs années. De 1960 à 1984, la Guinée était le passage obligé pour la résolution de tous les problèmes africains ; elle était la puissance politique du continent. Cette puissance du pays mérite d'être restaurée par l'élaboration d'une politique étrangère qui tienne compte des facteurs géostratégiques (politique, historique, géographique, humanitaire, militaire, économique, etc.). L'Afrique doit à la Guinée , mais il faut savoir réclamer la dette. A défaut de le savoir, notre pays n'a pas une politique étrangère à la hauteur des sacrifices consentis par le peuple de Guinée pour le continent. En conclusion, il faudra que les décideurs guinéens sachent que toutes les richesses d'une nation ne sont pas que matérielles, et que certaines valeurs politico-historiques valent leur pesant d'or dans les relations internationales. Tel est le cas du vote du 28 septembre et par ricochet de la proclamation de la République du 2 octobre 1958. Il revient au gouvernement de mettre en valeur les facteurs géostratégiques pour une plus grande attractivité de la Guinée. Le Peuple doit s'assumer, et c'est pourquoi les Guinéens doivent se souvenir, se souvenir pour construire grand .
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