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Docteur Thierno Bah. Paris le 04/4/08.

Réaction à « Plume de lecteur. » 

1-. Introduction .

J'ai lu, dans un site internet, le point de vue de monsieur Alpha Oumar Sy Savané, professeur, géographe internationaliste, spécialiste en géostratégie. Cet article est intitulé : « les trois glorieuses de 1958 et la paire de gifles de Sékou Touré à Charles de Gaulle.  » Selon cet auteur, ces dates sont : le 28/09/1958, le 2/10/1958 et le 12/12/1958. Il y développe le palmarès de Sékou Touré dans le combat pour l'émancipation africaine et l'indépendance de la Guinée. J'ai analysé ce récit et je livre ici mon témoignage d'acteur et de témoin de cette période en examinant les faits historiques irréfutables qui ont émaillé ce parcours de 1959 à nos jours.

 

2-. Le 28 septembre 1958.

Monsieur Sy Savané rappelle le discours de bienvenue prononcé par Sékou Touré le 25/08/1958 à l'Assemblée territoriale, notamment la phrase : «  nous préférons la liberté dans la pauvreté à l'opulence dans l'esclavage.» Ray Autra, compagnon de Sékou Touré avec lequel ils ont créé le PDG en 1947, secrétaire général adjoint du syndicat des Enseignants de Guinée, a fait partie de la commission de rédaction de ce discours historique. Il indique que cette citation, tirée d'un discours de Kwamé Nkrumah, prononcé en 1955 a rendu irréversible la position du PDG par rapport à la constitution française qui était proposée aux peuples colonisés.

 

3-. Le vote du 28/08/1958.

 

94 % des Guinéens ont voté NON grâce à l'unité nationale réalisée pendant les six mois qui ont précédé le scrutin. Je suis d'accord à 100 % avec monsieur Sy Savané lorsqu'il écrit : «  le référendum proposé le 28/09/1958 a créé une brèche dans l'empire colonial et a éveillé d'avantage la conscience des Africains. C'est pourquoi aujourd'hui le continent compte 53 pays indépendants sur 54 qui le composent . C'est la fierté des Guinéens et non du seul Sékou Touré d'avoir porté ce flambeau. Monsieur Sy Savané aurait pu illustrer la contribution du Ghana et de la Guinée à la libération totale de notre continent par le contraste de l'existence des deux premières républiques noires créées en 1804 et 1847 qui n'ont eu aucun effet sur les colonies d'Afrique noire.

 

4-. La naissance de la République.

 

La proclamation de la République le 2 octobre 1958 par Saïfoulaye Diallo, président de l'Assemblée territoriale transformée en Assemblée nationale constituante est saluée par tous les Guinéens du dedans et du dehors, les Africains luttant pour la décolonisation totale du continent et les Européens amis des Africains. Un enthousiasme euphorique de tout le peuple, heureux et fier de cette victoire sans effusion de sang qui nous libère de toute aliénation et nous donne les moyens de montrer que nous sommes capables de gérer nos affaires selon notre culture, nos moyens et nos propres intérêts. Notre société recelait à cette époque les ressources humaines compétentes et les atouts matériels, agricoles et miniers pour consolider cette option et construire une société prospère et solidaire. Chaque Guinéen a apporté sa contribution pour la réussite de notre choix.

5-. Comment Sékou Touré a-t-il géré ce capital ?

  Permettez-moi de formuler des critiques de votre analyse en exposant mes observations de votre présentation de la lutte pour l'émancipation africaine et notre indépendance. Elle me paraît partiale et partielle.

*-. A . Elle me paraît partiale.

Vous semblez suggérer que le non massif des Guinéens est l'œuvre du seul Sékou Touré. Vous occultez tous les acteurs, connus et anonymes, de cette magnifique victoire. Vous faites un embargo total sur les valses-hésitations du leader du PDG qui n'a pris sa décision de voter non que le 14 septembre 1958, soit deux semaines seulement avant le vote. Cette décision s'est imposée à son parti après l'échec de la tentative de renouer le dialogue avec la France à l'occasion de l'escale de la délégation française le 26/08/1958 à Dakar.

Vous vous souvenez peut-être qu'après l'incident diplomatique de la réception à l'Assemblée territoriale, Sékou et Saïfoulaye sont allés à Dakar demander la médiation des dirigeants sénégalais pour rétablir le contact avec la France. Ceux-ci, étant partis en France, ont confié au ministre de l'Intérieur, Ndiaye Valdiodio, l'accueil du général de Gaulle. L'absence des leaders sénégalais fait capoter la mission du PDG qui rentre bredouille à Conakry. Dès lors, ceux n'avaient plus d'autre choix que le vote négatif. Ils le décideront à leur conseil national le 14 septembre 1958, quinze jours seulement avant le scrutin, alors que le PRA dirigé par Barry Diawadou, Barry III, Bangoura Karim, Keita Koumandian s'étaient prononcés en juillet 1958 à Cotonou à un congrès de ce parti fédéral. Vous ignorez royalement ces leaders du BAG et de la DSG. Il est impossible de les effacer et de les occulter dans toute publication relative à la victoire du NON le 28/09/1958. Tout manquement à ce devoir de vérité historique est une imposture et un négationnisme dont sont coutumiers les dictateurs.

Vous auriez du informer les jeunes auxquels vous destinez votre témoignage du refus de ces patriotes guinéens que sont ces dirigeants du PRA d'être les Hamani Diori guinéens. Vous auriez du leur expliquer que le Niger dirigé par un gouvernement présidé par Djibo Bakari, chef du parti Sawaba, avait opté pour le Non avant la Guinée. Refusant cette orientation, la France le destitue et le remplace manu militari par Hamani Diori, leader du Parti Progressiste nigérien, PPN, section nigérienne du RDA.

Autant Sékou Touré n'a pas libéré tout seul la Guinée le 28/08/1958 comme l'ont accrédité ses griots et ses inconditionnels, autant il n'a pas, tout seul exécuté les cinquante mille Guinéens dont il a ordonné l'embastillement dans les camps militaires et le sinistre camp Boiro. Ces crimes politiques horribles et indélébiles trouvent en partie leur origine dans la hantise du dictateur guinéen de subir le sort de Dijibo Bakari, de Kwamé Nkrumah, qu'il recevra en exil à Conakry et Modibo Keita qui mourra en prion à Kidal, tous renversés par les militaires qu'ils avaient promus. L'autre partie expliquant les crimes du PDG est révélée par le message de Keita Fodéba, écrit sur les murs de sa cellule du camp Boiro et publié par René Gomez dans son livre : «  camp Boiro, parler ou périr » disant  : «… j'étais chargé d'arrêter tous ceux qui étaient susceptibles d'exprimer la volonté du peuple. »

*-. B. Votre témoignage est partiel.

Vous avez omis de rappeler l'éphémère rétablissement de l'unité nationale par la réintégration des élus DSG de Pita et Indépendant de Dinguiraye, dans l'Assemblée territoriale le 2 octobre 1958 après en avoir été exclus depuis leur élection par la majorité PDG qui ne tolérait aucune ombre ni opposition à son hégémonie. En effet, à l'ouverture de la séance solennelle de proclamation de l'indépendance Saïfoulaye Diallo appelle outre les 56 élus du PDG, les trois élus de Pita dont Barry III et Tall Habib élu indépendant. Vous occultez le rôle de tous ceux que Sékou Touré et son PDG accusaient de «  saboteurs, antiguinéens basés à Dakar, à Paris et agents de la 5 e colonne du complot permanent . » Vous classez les Guinéens en deux camps : les inconditionnels du PDG qui ont tous les droits et les antiguinéens qui refusent toute allégeance à un homme ou un clan. Ils sont condamnés au rang de parias taillables et corvéables à merci comme sous le régime colonial.

6*-. Le 12/12/1958 : L'admission de la Guinée à l'ONU.

  Autant on ne peut parler de l'indépendance de la Guinée et des crimes politiques du PDG sans citer à chaque phrase le nom de Sékou Touré, autant on ne peut discourir sur notre entrée à l'ONU sans nommer et louer le talent diplomatique de Diallo Telli. Le premier pourrait être comparé au maréchal Pétain et le deuxième à Talleyrand amputé de la fourberie et du cynisme de ce dernier.

7*-. Recommandations.

Ayant la chance de vivre le premier repère historique du cinquantième anniversaire de notre indépendance, il serait dommage que de notre société n'émerge pas des intellectuels ayant le courage de se concerter pour évaluer le chemin parcouru par notre pays depuis qu'en 1958 il est géré par ses fils.

C'est pour amorcer ce contact que je vous invite et tous ceux pensent à la Guinée avant de penser à eux à nous concerter dans cette année du jubilé pour organiser un dialogue de réconciliation des Guinéens. Cette étape me paraît être un moment psychologiquement favorable à une écoute de l'autre pour nous comprendre et nous accepter. Si vous pouvez constituer un groupe de travail composé de ceux qui, comme vous connaissent bien les bienfaits de la gestion du PDG, je serai en mesure de réunir un groupe semblable comprenant des Guinéens de qualité qui ont été exclus par le PDG mais ont fait des carrières professionnelles enviables à l'extérieur. Ces intellectuels ont souffert de la gestion du PDG. Si on invite à cette rencontre les rescapés des répressions du PDG, nous trouverons le fil d'Ariane, conducteur de la réconciliation, à la bissectrice de l'angle formé par les victimes en chair et en os et les agents de la répression qui ont envie de soulager leurs consciences.

Cette proposition, même si elle paraît utopique, naïve et impossible peut être à la portée d'intellectuels et d'intellectuelles guinéens de bonne volonté disposés à privilégier l'intérêt de tous les Guinéens avant leurs propres ambitions personnelles. Pouvez-vous vous associer à cette démarche ? Merci de votre réaction. Merci à tout Guinéen prenant connaissance de ce document de prendre contact avec moi pour échanger rationnellement les points de vue.