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Les trois dates glorieuses de 1958 et la paire de gifles de Sékou Touré à Charles de Gaulle.« Un peuple qui s'ignore, s'égare et ne saurait se projeter dans l'avenir. » Pour ce faire, j'estime qu'il faille les informer et les convaincre sur la nouvelle lecture de l'histoire du pays à travers le prisme africain. Sensibiliser, informer et convaincre constituent le gage d'une motivation certaine pour une participation active de tous au combat pour un lendemain meilleur, un développement durable du pays. Ensemble, nous devons nous souvenir, nous souvenir pour bâtir grand. La place de la Guinée dans l'histoire passée et présente de l'Afrique n'est pas des moindres. La Guinée a été, est et restera un pion essentiel de l'histoire du continent qui interroge. Nous devons nous souvenir pour ne pas nous laisser abattre par les difficultés quotidiennes inhérentes à la vie de toute société humaine. Nous en souvenir pour ne pas perdre la place qui est la nôtre sur la scène africaine. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à ceux et celles qui ont bien voulu m'apporter leur collaboration et tout leur soutien. Parmi eux, Dr Mohamed Lamine KEITA (Fondis/HKSC), S.E.M. Muhammad Hossein MASHAYEKHI (ancien Ambassadeur d'Iran), Dr Mamadi DIARE, Ambassadeur de la République de Guinée en République Populaire de Chine, Lansana Wana FOFANA (Direction nationale de l'Hydraulique), feu Toumani SIDIBE (Ministère de l'Enseignement pré-universitaire), Souleymane KEITA (Chef département ISAG) et Sannou Kerfala CISSE (Directeur du journal ‘'Le Diplomate''). A mon épouse Aminata FOFANA, ainsi qu'à nos enfants Sékou, Mohammad, Mahammud, Kadé, Fanta Dil et Ousmane ma profonde gratitude pour leur soutien moral. Sans leur compréhension ce document n'aurait jamais vu le jour. « Un peuple qui s'ignore, s'égare et ne saurait se projeter dans l'avenir. » Les trois dates glorieuses de 1958 Le 28 septembre, le 2 octobre et le 12 décembre de l'année 1958 constituent les dates qui ont marqué non seulement l'histoire de la Guinée , mais aussi et surtout celle des rapports franco-guinéens. A ces dates, la Guinée a dit ‘'non'' à la constitution de la Vème République française donc à la domination, a accédé à la souveraineté nationale et a pris la place qui est la sienne dans la Communauté des nations éprises de paix et de liberté, c'est-à-dire les Nations unies. « Même durement éprouvée par la guerre 1914-1918, l'Europe dominait toujours le monde. Dès lors, les peuples colonisés eux-mêmes physiquement engagés dans les combats contre les puissances de l'Axe, ne pouvaient que demander aux Européens d'être cohérents envers leurs principes. » (Marc Aicardi de Saint-Paul, 1984). Et, « Comme les êtres humains sont des êtres libres et indépendants, et qu'ils inventent eux-mêmes leurs critères moraux, la seule chose qu'on peut leur demander est d'être loyaux envers leurs propres critères et valeurs. » (Jean-Paul Sartre, Cf. Dr M. H. Bechehti et Dr J. Bâhoma, 1982) Cet article est axé sur la prise de conscience des Africains de leur état de dominés dans un monde où l'égalité des races et des hommes est une prescription divine, un droit sacré pour l'équilibre et la stabilité de l'humanité. Du Cap vert au Cap Guardafui et du cap Bon au Cap de Bonne Espérance, nulle part les Blancs ne se sont retirés paisiblement. Les manœuvres des Métropoles pour tuer dans l'œuf cet éveil politique et la prise de conscience des Africains pour l'indépendance furent nombreuses. Le Portugal qui fut le premier colonisateur en Afrique considéra ses colonies comme partie intégrante de son territoire national. Les colonies anglaises furent des terres de peuplement où les Anglais s'installèrent en grand nombre en occupant les terres les plus fertiles. Cette colonisation de peuplement pratiquée par les Portugais et les Anglais signifia tout simplement qu'ils étaient chez eux et n'entendraient nullement rentrer au bercail. A l'image du Commonwealth créé en 1931 par l'Angleterre pour contrer l'éveil politique dans ses colonies, la France élabora la Constitution de 1946 créant l'Union française. Dans cette union, les Africains avaient le droit d'élire des représentants aux Assemblées territoriales et aux Grands Conseils de Dakar et de Brazzaville. Ces élus siégeaient aussi comme députés à l'Assemblée française. Devant l'ampleur du mouvement anti-colonialiste, la France fut contrainte d'accorder une large autonomie à ses colonies : ce fut la Loi-cadre présentée par le ministre Gaston Defferre qui dota chaque colonie d'un Conseil de gouvernement présidé par un gouverneur français. En 1958, sous l'égide du général Charles de Gaulle, une nouvelle Constitution, la Constitution de la Vème République, créa la Communauté franco-africaine dans laquelle la France se tailla la part de lion. « Dans la Communauté franco-africaine que nous proposons, les territoires d'Afrique auront la pleine et entière liberté de leurs institutions et de leurs gouvernements à l'intérieur d'eux-mêmes. Avec la métropole, ils mettront en commun, dans un domaine qui appartiendra à tous, la défense, la politique économique, celle des matières premières, la direction de l'enseignement, celle de la justice, celle aussi des communications lointaines à travers notre vaste ensemble. *le Président de la Communauté ; *le Conseil exécutif de la Communauté où se réuniront périodiquement des chefs de gouvernement des territoires avec les ministres chargés du domaine commun ; *le Sénat de la Communauté qui comprendra des représentants des territoires avec ceux de la Métropole ; *enfin, une Cour d'arbitrage pour régler, s'il y a lieu, les litiges qui pourraient surgir entre les uns et les autres. » (Charles de Gaulle, 1958) Pour la Guinée, ce n'est pas « la pleine et entière liberté de leurs institutions et de leurs gouvernements à l'intérieur d'eux-mêmes » qu'il faut aux territoires. Ce qu'il faut, Sékou Touré l'a dit le 25 août 1958 dans son discours à l'Assemblée territoriale, à l'occasion de la visite du général Charles de Gaulle à Conakry : « Nous avons quant à nous, un premier et indispensable besoin, celui de notre Dignité. Or, il n'y a pas de dignité sans liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d'Homme et en fait arbitrairement un être inférieur… Ce besoin d'égalité et de justice nous le portons d'autant plus profondément en nous que nous avons été plus durement soumis à l'injustice et à l'inégalité. » Aussi, ce n'est pas la mise en commun, « dans un domaine qui appartiendra à tous, la défense, la politique économique, celle des matières premières, de la direction de l'enseignement, etc. » qui pose problème. Dans l'un comme dans l'autre, « Nous ne renonçons pas et ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l'indépendance car, à l'échelon franco-africain nous entendons exercer souverainement ce droit. », avait déclaré haut et fort Sékou Touré à Charles de Gaulle le 25 août 1958. Enfin, parlant de la Constitution de la Vème République française, M. Ismaël Touré, directeur de publication du quotidien ‘' La Liberté '', mentionnait dans l'édition du mardi 23 septembre 1958 (n°138) : « Le reproche capital que nous faisons au texte soumis au référendum, c'est de consacrer définitivement le morcellement de l'Afrique. Pas un mot dans la nouvelle constitution sur les entités A.O.F. et A.E.F. dont la structure unitaire a déjà subi une grave atteinte depuis l'institution de gouvernements territoriaux issus de la Loi-cadre. Il est évident que cette volonté, phénomène élémentaire de l'impérialisme, ne disparaîtra qu'avec lui. Comment concevoir autrement la possibilité de dominer des peuples, de les maintenir dans l'infériorité et d'exploiter leurs richesses si on ne prend pas la précaution de les couper les uns des autres. Il faut que cela soit dit nettement une fois de plus, la Loi-cadre en divisant les Fédérations en territoires administrés séparément, en refusant même l'institution d'un Gouvernement de coordination entre ces territoires, a semé en Afrique le germe de l'éclatement de ces fédérations. Et ce n'est pas par hasard que l'on a accordé à l'A.O.F. huit (8) gouvernements autonomes au lieu d'un seul. C'est dans le noir dessein de continuer à exercer la supériorité de la métropole sur ces vastes terres peu évoluées, certes, mais riches de promesses. Le 28 septembre 1958 Le référendum proposé le 28 septembre 1958 a créé la brèche dans l'empire colonial et a éveillé davantage la conscience des Africains. Et malgré les privations, les peines, les traitements inhumains et les assassinats, l'Afrique a continué résolument sa marche pour la victoire finale, l'indépendance. C'est pourquoi aujourd'hui, le continent compte 53 pays indépendants sur les 54 qui le composent. Cette indépendance acquise aux prix des larmes et du sang, dans des conditions courageuses et dignes, a réhabilité les Africains. Elle leur a permis d'occuper les places qui sont les leurs dans la communauté des nations libres et indépendantes. C'est au nom de la liberté, de l'égalité des races, de la justice sociale et du respect des droits individuels des humains que le débat colonial s'est instauré dans le monde et cela tant au niveau des colonisés qu'au niveau des colonisateurs. Face à ce débat et à la lutte qui s'en est suivie, la position de l'Europe coloniale était claire et sans équivoque : l'Afrique ne pouvait et ne devait se définir que par rapport à l'Europe ; elle ne pouvait et ne devait se regarder elle-même qu'à travers le prisme européen. Ainsi, l'Europe a-t-elle réprimé avec la dernière énergie toute velléité d'indépendance dans les colonies. Les tentatives d'assimilation n'ont pas manqué. « Dans le but de temporiser le mouvement de libération des peuples qu'elles dominent, les puissances coloniales créent des communautés formelles qui, ressemblant à celle du cavalier et du cheval, favorisent la diversion et la mystification. Le fait de coller une nouvelle étiquette à la vieille marchandise peut-il changer la qualité de celle-ci ? » (Sékou Touré, tribune des Nations unies, 1959) Pour Timor Mende : « La préoccupation des anciennes puissances coloniales était la préservation de leurs liens économiques, politiques et culturels établis de longues dates. » (Cf. P.- F. Gonidec, 1977) Pour le cas du Traité de Rome, il ne faut jamais oublier que l'Association CEE-Pays et Territoires d'Outre-mer a été imposée aux autres Etats de la Communauté dans la perspective de la Communauté franco-africaine : « Le Traité de Rome et les Conventions d'associations sont venus réaliser ce rêve de communauté eurafricaine. Il est intéressant de rappeler que cette solution fut adoptée sur l'insistance de la France. Mais il est évident que, compte tenu des inégalités de développement, les Etats européens sont en position de domination, ce qui veut dire que les positions respectives des Etats européens et des Etats africains n'ont guère changé par rapport à la période coloniale. La différence – purement formelle- est que les liens sont devenus multilatéraux et sont fondés sur une convention internationale d'association. Cela ne modifie en rien l'essence du phénomène. » (Cf. P.-F. Gonidec, 1977) Le 2 octobre 1958 La République de Guinée fut proclamée le 2 octobre 1958 sur la base de valeurs cardinales qui sont l'hymne national (Liberté), le drapeau (le rouge,le jaune et le vert ; bandes rectangulaires équivalentes disposées horizontalement dans le sens de la largeur) et la devise (Travail-Justice-Solidarité). Elle est devenue ainsi le dixième pays indépendant d'Afrique. Comme promis dans son discours réponse du 25 août 1958, « Cette communauté, la France la propose ; personne n'est tenue d'y adhérer. On a parlé d'indépendance, je dis ici plus haut encore qu'ailleurs que l'indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre, elle peut la prendre le 28 septembre 1958 en disant ‘'non'' à la proposition qui lui est faite et dans ce cas je garantis que la Métropole n'y fera pas obstacle. Elle en tirera, bien sûr, des conséquences, … la France , un pays qui répond volontiers à l'amitié et aux sentiments et qui répond, dans un sens opposé, à la malveillance qui pourrait lui être opposée. » (Charles de Gaulle) « J'étais et je suis encore certain qu'il était nécessaire en 1958 de traiter la Guinée sévèrement. Seule de tous les territoires à avoir voté ‘'non'', elle se trouve sous les projecteurs de l'actualité nationale et internationale. Le 12 décembre 1958 La République de Guinée fut admise à l'Organisation des Nations unies (Onu) le 12 décembre 1958 en tant que quatre-vingt deuxième membre, malgré les démarches contradictoires de la Représentation permanente française. La France ne voulait pas d'une Guinée qui « se trouve sous les projecteurs de l'actualité nationale et internationale… ». A partir de cette date, le bras de fer est engagé entre Sékou Touré et Charles de Gaulle. Celui-ci voulait garder mordicus les colonies dans le juron français, mais c'était sans compter avec la réelle volonté d'indépendance des populations à la base et l'engagement de Sékou Touré, comme annoncé à la tribune des Nations unies en octobre 1959 : « Le Gouvernement [de la République de Guinée] entend une fois de plus proclamer que la liberté de l'Afrique est indivisible et qu'en conséquence l'indépendance guinéenne est inséparable de celle des autres peuples d'Afrique … La Guinée est à travers le combat de son peuple, l'expression des aspirations de 200 millions d'hommes et de femmes relégués en marge de l'histoire et quotidiennement aux prises avec la faim, la famine et l'ignorance. » Me Alpha Oumar SY SAVANÉ
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