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Shaquille O'Neal : un sentiment d'inachevé
La journée était étonnement calme après ce Game 1 entre Miami et Dallas. J'ai dit à Dimitri, mon alter ego, que ça sentait la grosse news en fin de journée. Je pensais à un transfert, ou peut-être à des infos positives en provenance des négociations.
Mais non, la « big news » est venue de Shaquille O'Neal. Sur Internet, et d'abord à son public, il a simplement annoncé qu'il prenait sa retraite. A 39 ans. Et alors qu'il lui restait encore un an de contrat avec Boston.
Je ne vous cache pas que je suis encore sous le choc. A titre personnel, j'ai commencé à écrire sur la NBA en 1995. J'ai appris mon métier avec lui. Je l'ai vu passer de Orlando aux Lakers.
Ensuite, même si on savait que sa blessure au mollet était plus grave que prévue, je l'imaginais bien rempiler une dernière saison. Surtout, je ne voulais pas qu'il quitte la scène sur une blessure. Il n'y a rien de pire pour un sportif.
J'avais appris à aimer le Shaq. Je l'adorais même sur les dernières années. C'était un sportif et un personnage hors du commun. Un clown incroyable. Je ne vois aucun équivalent dans le sport. Capable de défier les meilleurs sportifs dans leur sport, ou de danser en pleine présentation des équipes. Un être à part. Un sportif à part.
2m16 et 140 kg (minimum)
Mais le Shaq, c'est pour moi le joueur le plus dominant des années 2000. Quand je l'ai vu arriver en NBA en 1992, j'ai vraiment cru qu'il allait tout casser. Jamais, et j'écris bien « jamais », je n'avais vu une telle combinaison de vitesse, puissance et de taille. On peut rapprocher sa domination athlétique à celle de LeBron James. Sauf qu'il faisait 10 cm et 20 kilos de plus. Et c'était il y a 20 ans...
Les paniers pliaient sous sa force. Les adversaires volaient en éclats face à lui. C'était une boule de bowling envoyée dans la raquette. On parle alors de "Shaq Attack" ! Lorsque je le voyais jouer, je me disais qu'il allait faire exploser les records de points et de rebonds. 2m16 et 140 kg sans un poil de graisse. C'était Jonah Lomu avant l'heure. C'était presque injuste pour les autres. Un adulte au milieu d'enfants.
Il dominait tellement son sujet que les adversaires avaient inventé le "hack-a-shaq". En gros, comme il était nul aux lancers, on faisait volontairement une faute sur lui pour l'obliger à tirer (et rater) des lancers...
Malgré ça, et malgré le retour de Michael Jordan en 1995, le Shaq emmène le Magic jusqu'en finale NBA. Pour sa première, il prend une leçon de basket de la part de Hakeem Olajuwon. Il comprend que sa puissance ne peut rien face à la technique...
Il décide alors que Orlando était trop petit pour lui. Alors lâchement (son départ a fait autant de bruit que celui de LeBron James des Cavs au Heat...), il part pour Los Angeles. Attiré par le rap et le cinéma, le Shaq veut Hollywood comme terrain de jeu.
Là-bas, il se heurte à un minot aux dents longues qui arrive du lycée. Un certain Kobe Bryant. Pendant plusieurs saisons, leur duo fait plus de vagues que d'étincelles.
4 titres de champion, 1 titre de MVP
Puis Phil Jackson arrive. Sous ses ordres, le Shaq remporte trois titres d'affilée. Sa saison 2000 est peut-être la plus impressionnante de l'histoire du basket moderne. Il remporte tous les titres individuels et collectifs possibles dans la même saison. La saison parfaite.
Après la seconde retraite de Jackson, le Shaq est perdu. Il lui manque un « mentor ». Sans surprise, il est transféré au Heat. Là-bas, il retrouve une forte tête (Pat Riley) et un jeune talent (Dwyane Wade). Ensemble, ils gagnent le titre en 2006. Le Shaq devient le facteur X. Il est l'homme qui peut faire gagner des titres aux meilleurs joueurs.
Mais il a bientôt 35 ans. Ses jambes ont bien du mal à supporter ses écarts de poids (il va peser jusqu'à 160 kg !). Il est transféré à Phoenix où il commence à faire davantage le clown qu'autre chose. Puis on le retrouve à Cleveland aux côtés d'un certain LeBron James. Encore un échec.
Alors cet été, pour s'offrir une dernière danse, et tenter d'aller chercher deux nouvelles bagues, il déniche un prestigieux challenge : rejoindre les Celtics. Dès son arrivée, il annonce : dans 730 jours, je prends ma retraite. 730 jours, c'est deux ans.
Les premières semaines sont magnifiques. Il déborde de clowneries hors parquet, et montre qu'il a de beaux restes sur les terrains.
Mais la belle aventure verte va tourner court. En février, il se blesse à un tendon d'Achille Il parle d'une douleur comme une balle reçue dans la jambe. Il ne s'en remettra jamais. Il veut compenser, et c'est le mollet qui lâche. On le reverra quelques minutes mais à chaque accélération, la douleur revient. De quoi souffre-t-il ?
On ne le sait pas vraiment. Mais ce 1er juin, le Shaq a lâché son « no mas » ou son « This is it ». Il a tant donné à la NBA que personne ne lui reprochera quoi que ce soit.
Le symbole d'une NBA devenue un divertissement
Mais comme en 1998 lorsqu'un lock-out a provoqué la retraite de Michael Jordan, on ne peut s'empêcher de penser que la menace d'une nouvelle grève a accéléré le départ en retraite de Shaquille O'Neal.
Vraiment, la NBA a perdu un personnage majeur de son histoire. Il aurait dû et pu être le joueur le plus dominant de l'histoire. Il n'en sera même pas le meilleur pivot. Kareem, Hakeem et Wilt seront devant lui. Peu lui importe. Le Shaq, c'était plus qu'un basketteur. C'est le symbole de la NBA devenue un divertissement.
Ce n'est pas un hasard si c'est sur Twitter qu'il a annoncé sa retraite... Depuis plusieurs années, il avait fait montre d'une maitrise incroyable des réseaux sociaux, et d'Internet en général
En tout cas, définitivement, cette saison 2011 marque un tournant. Pas de Lakers, de Spurs ou de Celtics en finale. Pas de Bryant, de Shaq ou de Duncan avec une bague au doigt. Phil Jackson a tiré sa révérence il y a 15 jours. Aujourd'hui, c'est le Shaq. Ce 1er juin marque la fin d'une époque.
Bonne soirée, et bon pont à toutes et tous. Je vous laisse avec un montage des plus belles actions du Shaq.
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