Lettre couverte à Cellou Dalein Diallo
Lacine Diawara écrivain animateur de radio
Dans le domaine communicationnel, une correspondance adressée par voie médiatique à une personne ou un groupe de personnes, est habituellement baptisée : « lettre ouverte». Mais dans un cas si particulier comme celui de la Guinée actuelle, moi j’ai décidé de donner à mon courrier médiatique ce nom inusité de : Lettre couverte. Parce que, ma lettre est couverte de couvercles d’indignation et d’humiliation. Oui, ces deux sentiments m’ont habité quand, aujourd’hui à Montréal, un camarade Toubab m’a tendu le journal Metro, un quotidien gratuit, ouvert sur la page 14 portant cet article que je transcris intégralement ici :
« Journal Metro, jeudi 18 novembre 2010, the associated press
L’état d'urgence est décrété en Guinée
CONAKRY- L'état d'urgence a été déclaré hier en Guinée, en raison des violences qui secouent le pays depuis l'annonce des résultats provisoires de l'élection présidentielle.
Les juges ont huit jours à compter de l’annonce des résultats provisoires, faite lundi soir, pour donner les résultats définitifs du scrutin du 7 novembre.
Les civils sont soumis au couvre-feu et interdits de circulation dans les rues. Seules les forces de sécurité peuvent circuler sans restrictions.
Le candidat présidentiel Alpha Condé, un Malinké, a été proclamé vainqueur lundi soir, provoquant la colère des partisans du candidat peul, Cellou Dalein Diallo. Les forces de l'ordre guinéennes, qui sont surtout malinkés, ont pris le contrôle des quartiers les plus chauds »
Ces mots sont soutenus par une photo en couleur, présentant en gros plan une dure confrontation entre un jeune manifestant et un policier, sous laquelle est mentionné :
« Les cas de brutalité policière contre des Peuls se multiplient : au moins 4 personnes ont été tuées et 62 blessées »
Face à ce texte coloré d’ethnicité et à cette image pimentée d’incongruité, j’adresse ce genre de lettre à vous, Cellou Dalein Diallo, pour que vous en fassiez des analyses aboutissants à des raisonnements conséquents.
Cette présentation si erronée et exagérée des réalités fait barbouiller d’indignation et embouer d’humiliation le corps et le cœur de tout africain comme moi qui sait que la Guinée n’est pas seulement constituée de Malinkés de la Haute-Guinée et de Peuls de la Moyenne-Guinée. Il y a aussi plusieurs autres ethnies de la Basse-Guinée et de la Guinée-Forestière comme des Soussou, des Kissi... Les ressortissants de ces deux dernières régions naturelles de la Guinée n’ont-ils pas participé aux votes du 07 novembre? Bien sûr que oui. Sinon l’ethnie peulh, étant majoritaire autour de 40%, aurait pu vous assurer la victoire totale lors du second tour des élections contre les malinkés seuls.
Monsieur Diallo, les étrangers en général et les occidentaux en particulier ne sont-ils pas en train de développer en petit, moyen et grand format de photos les clichés faits de la Guinée par vous et votre entourage?
Quand, à l’issu du premier tour électoral, vous avez largement devancé les 23 autres candidats en obtenant 43% contre 18% pour le deuxième, est-ce que vos adversaires ont organisé des manifestations meurtrières contre vous?
Suite au décès du président de la CENI, Ben Sékou Sylla, qui a organisé ce premier tour de la présidentielle, n’avez-vous pas menacé de ne pas participer au deuxième tour si son successeur élu, Louceny Camara, dont vous n’aviez pas confiance, restait à la tête de cette structure électorale?
Ce n’est pas vous qui avez accepté librement que la CENI guinéenne soit présidée par le malien, général Siaka Toumani Sangaré, pour assurer la transparence du scrutin du deuxième tour? Devriez-vous douter, à la dernière minute, de l’impartialité et de l’intégrité de ce général Sangaré en contestant les résultats proclamés par cet homme d’expériences en la matière?
Admettons qu’en démocratie la contestation est un droit, mais doit-on le faire en incitant à la violence meurtrière?
El hadji Cellou Dalein Diallo, votre comportement postélectoral ne doit-il pas nous faire croire que vous n’étiez pas prêt à accepter aucunement la défaite même si le grand Imam de la Guinée ou celui de la Mecque avait présidé la CENI? Êtes vous si assoiffé du pouvoir malgré que vous ayez dirigé vos compatriotes pendant onze ans en tant que ministre et premier-ministre du régime de Lanssana Conté?
Le vainqueur de ce deuxième tour, Alpha Condé, qui a été opposant pendant plus de 50 ans sans jamais diriger une seule structure étatique a pourtant humblement déclaré publiquement avant le deuxième tour : « Si je perds, je vais féliciter mon adversaire et je retournerai à l’enseignement, car je suis un professeur ; je n’ai pas eu l’occasion d’enseigner en Guinée, et ce sera le moment de le faire pour transmettre mon savoir aux jeunes guinéens », lors d’une entrevue qu’il a accordé à nos confrères d’Africa 24.
La force de cet enseignant réside dans sa capacité de persuasion d’un grand nombre d’acteurs politique qui ont été suivi par leurs militants à la base.
Malheureusement pour vous, après le premier tour, le «faiseur de roi» qui vous a suivi n’a pas été suivi par ses militants.
Monsieur Cellou Dalein Diallo, les classes de la politique ne maitrisent pas bien les règles de la mathématique pure par la simple addition des pourcentages.
Je crois fermement que l’humilité est un solide piédestal de l’humanité qui, à son tour, ne se fertilise que par la sociabilité conjuguée des hommes.
Monsieur Cellou Dalein Diallo, je vous propose de monter à temps sur ce piédestal. De tenir la main tendue par le vainqueur Alpha Condé lors de son tout premier discours tenu après la proclamation des résultats de la toute première élection pluraliste et démocratique de la Guinée indépendante.
Lacine Diawara, écrivain et animateur de Radio à Montréal.
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