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Sommet Afrique – France

Déclaration finale
1er juin 2010

  1. Le XXVème Sommet Afrique – France s’est tenu à Nice les 31 mai et 1er juin 2010, année pour l’Afrique de la paix et de la sécurité. Cinquante et une délégations de pays africains ont participé, avec la France, à ce Sommet, ainsi que des représentants de l’Union africaine, de l’Union européenne, de l’Organisation des Nations Unies, de l’Organisation Internationale de la Francophonie et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.

 

  1. Le Sommet a été l’occasion de souligner la nécessité de renforcer les relations entre la France et l’Afrique en créant un partenariat fondé sur des intérêts partagés et une confiance mutuelle. Les Chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé les principes fondamentaux de l’égalité, du respect mutuel de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité des Etats, sur lesquels est fondé le partenariat Afrique-France, ainsi que leur engagement à renforcer le processus d’intégration, l’action collective et la coopération pour le bien commun de leurs Etats et de leurs peuples.
  1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement se sont accordés sur l’importance d’un système multilatéral efficace et représentatif du monde d’aujourd’hui,  fondé sur une Organisation des Nations Unies à la fois forte et rénovée. Ils ont, en particulier, appelé à une réforme urgente du Conseil de sécurité des Nations Unies.
  2. Ils ont également appelé à une réforme de la gouvernance mondiale afin que le continent africain soit mieux représenté au sein des enceintes internationales. Ils ont estimé nécessaire d’assurer, à tous les niveaux,  une représentation élargie, juste, constante et équitable de l’Afrique au sein du G20. La France a annoncé son intention, à l’occasion de sa prochaine présidence du G20, d’assurer une plus large représentation des Etats africains. La France, dans la perspective de sa prochaine présidence du G8, a également annoncé sa détermination à préparer très en amont les travaux de l’exercice « Africa outreach ». Les chefs d’Etat et de gouvernement ont appelé à la pleine intégration des Etats africains, y compris les petits Etats insulaires en développement, dans l’économie mondiale. Les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont félicités des progrès de la représentation de l’Afrique à la Banque mondiale, notamment avec la mise en place prochaine d'une chaise africaine supplémentaire à son conseil d'administration, et demandent à la Banque mondiale de continuer à améliorer la représentation de l’Afrique dans le cadre de la réforme de la gouvernance. Ils ont souhaité que la place de l’Afrique soit aussi renforcée au sein du FMI.

 

  1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont appelé à l’universalisation de l’initiative européenne « tout sauf les armes » et à la facilitation et l’accélération des procédures d’adhésion des Etats africains à  l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
  1. La France est convenue d’appuyer l’action de l’Union africaine et des organisations sous-régionales dans la montée en puissance de leur système de sécurité collective, en particulier la Force africaine en attente, et dans la gestion des crises sur le continent, conformément à la Charte des Nations unies et aux principes de la légalité internationale. A cet égard, elle s’est engagée à consacrer 300 millions d’euros sur la période 2010-2012 pour soutenir les efforts des Etats africains et des organisations africaines sous-régionales. Elle s’est également engagée à former 12 000 militaires africains au profit des forces de maintien de la paix de l’Union africaine et de l’ONU sur la période 2010-2012.

 

  1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont réaffirmé leur détermination à lutter ensemble contre les menaces transnationales, comme le terrorisme, les actes de piraterie et de brigandage en mer, les activités des réseaux de la criminalité transnationale organisée, en particulier les réseaux de traite des êtres humains et de trafic de migrants, le trafic de drogue et d’armes, l’exploitation illégale des ressources naturelles et les prises d’otages. Ils ont souligné que ces menaces devaient faire l’objet d’une attention prioritaire. Ils se sont engagés à renforcer leur coopération, y compris au plan régional et sous-régional dans le cadre d’une approche inclusive et d’une démarche solidaire, pour les combattre dans leur globalité.
  1. Ils ont affirmé leur volonté de rechercher des solutions appropriées aux causes profondes qui engendrent des mouvements de réfugiés et de personnes déplacées et d’apporter une réponse durable à leur situation. A cet égard, ils ont insisté sur la nécessité de soutenir les pays en sortie de conflit dans leurs efforts pour la stabilité et la reconstruction, en particulier dans les zones affectées par la guerre, et d’encourager leurs initiatives pour stimuler le développement et l’éradication de la pauvreté.

 

  1. Ils ont souligné avec préoccupation les besoins croissants de l’Afrique, notamment en matière de financement du développement pour atteindre les OMD en 2015 et au-delà. Ils ont apporté à cet égard leur soutien au projet d’organisation d’une Conférence africaine sur les financements innovants et à l’adoption  d’une Déclaration africaine sur la transparence de la gouvernance financière et la lutte contre les flux illicites de capitaux. Ils sont convenus que ces deux initiatives pourraient constituer une valeur ajoutée importante à la préparation de la 4ème Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, prévue au second trimestre 2011 en Turquie et permettraient de mobiliser des ressources additionnelles, stables et prévisibles en complément de l’aide publique au développement et des efforts nationaux pour le financement du développement. 
  1. Ils ont affirmé leur volonté de prévenir les crises institutionnelles sur le continent et d’assurer le respect des normes constitutionnelles, conformément aux principes de démocratie et d’Etat de droit, y compris ceux de la Charte de l’Union africaine sur les élections, la gouvernance et la démocratie. Les Chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et de France ont réitéré leur soutien à la position africaine de refus des changements anticonstitutionnels de gouvernement. A cet effet, ils ont décidé de travailler avec, notamment, l’Union africaine, les organisations africaines sous-régionales, l’Organisation des Nations Unies et l’Organisation Internationale de la Francophonie pour renforcer les mécanismes de soutien technique et financier aux processus électoraux. Ils ont en outre exhorté les partenaires économiques et financiers à un soutien accru et diversifié aux gouvernements issus d’élections démocratiques, afin de faire face  aux multiples défis auxquels sont confrontés leurs pays. 

 

  1. Ils ont souligné que l’Accord de Copenhague sur le changement climatique constitue une première étape pour la conclusion d’un accord global à Cancun fin 2010. Ils ont demandé l’association de tous les pays membres des Nations Unies à cet Accord et la mise en œuvre dès cette année de l’ensemble de ses dispositions. Ils ont appelé à l’intégration des principes politiques de l’Accord de Copenhague dans les textes en discussion dans les instances onusiennes. En particulier, ils ont souligné l’importance vitale d’une traduction concrète de l’objectif agréé de limiter le réchauffement à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Ils ont reconnu que cet objectif impliquait de réduire les émissions mondiales de CO2 de 50 % d’ici à 2050 par rapport à 1990, dans le respect du principe des responsabilités communes mais différenciées. Ils ont souligné le lien étroit entre climat et développement et rappelé l’importance des enjeux forestiers en matière d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. A cet égard, ils ont appelé à travailler dans le cadre du partenariat REDD+ lancé à Paris en mars 2010 et ont salué les avancées obtenues lors de la réunion d’Oslo le 27 mai 2010. Ils ont souligné l’importance de la lutte contre la désertification. Ils ont appelé à respecter les engagements pris à Copenhague par les pays développés de fournir 30 milliards de dollars pour financer les actions précoces, sur la période 2010-12.
  1. Ils ont souligné l’importance des enjeux financiers pour lutter efficacement contre le changement climatique et soutenir les efforts d’adaptation des pays africains à ces changements. Reconnaissant les efforts conséquents de la France en matière de financements précoces (420 millions d’euros par an pendant 3 ans) aux côtés de l’Union européenne, ils ont appelé à une mise en œuvre rapide et transparente de ces financements. Ils se sont entendus sur la nécessité de créer un système de financement à long terme permettant de passer à un financement de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Ils ont insisté sur l’importance des travaux du Groupe de Haut Niveau des Nations Unies sur le financement, et l’ont appelé à produire des recommandations concrètes d’ici l’automne pour nourrir les discussions avant la Conférence de Cancun. Ils ont soutenu le principe d’une taxe sur certaines transactions financières internationales, à l’exception des transferts sociaux, au profit du développement et de la lutte contre le changement climatique, dont l’assiette et les modalités devront être déterminées et qui prendra en compte les différences de situation entre les  pays développés et les pays en développement.

 

  1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement appuieront l’élaboration d’un plan « énergie renouvelable » pour doter l’Afrique d’un système électrique durable, fondé sur des projets concrets et des financements innovants. Compte tenu de l’immense potentiel du continent africain dans le domaine des énergies nouvelles et renouvelables, ils ont appelé à la mise en œuvre rapide de projets concrets répondant aux besoins réels de l’Afrique et portant sur les divers types d’énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire à concentration thermodynamique.  Enfin, ils ont insisté compte tenu de la forte croissance des besoins énergétiques, sur l’importance de mobiliser davantage d’investissements et de mettre en place de nouvelles politiques publiques pour diversifier la production d'énergie, améliorer l'accès à l'énergie, promouvoir l'efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables. Face à la crise énergétique mondiale qui a des effets néfastes sur l’Afrique et freine son développement, la France appuiera les initiatives sous-régionales, trans-régionales et trans-continentales d’intégration énergétique.
  1. Ils se sont accordés sur la nécessité de renforcer les moyens alloués au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dont l’installation à Nairobi sera ainsi consolidée pour en faire une organisation réellement globale en matière d’environnement.

 

  1. Ils ont saisi l’occasion de l’année internationale de la biodiversité pour réaffirmer la nécessité d’adopter, à Nagoya en octobre 2010, lors de la Conférence des parties à la convention sur la diversité biologique, des objectifs ambitieux et concrets pour freiner l’érosion de la biodiversité. Le maintien de cette dernière, ainsi que la préservation des services rendus par les écosystèmes, sont cruciaux pour des domaines aussi variés que l’agriculture, l’alimentation, la pêche, la médecine ou encore l’énergie.
  1. Ils se sont engagés à renforcer les synergies entre migrations et stratégies de développement, en conformité avec les stratégies et plans d’action de Rabat, Tripoli et Lisbonne. Ils ont décidé de placer les diasporas africaines résidant en France au centre de ces efforts, en promouvant leur implication dans le développement économique et social de leur pays d’origine, à travers des programmes de co-développement, l’encouragement des projets d’entreprise des migrants et la mobilisation de leur épargne pour l’investissement social et productif. Ils ont salué la décision des opérateurs financiers et des sociétés d’assurance de réduire les coûts des transferts de fonds et d’offrir de nouveaux services adaptés aux besoins des migrants et de leur pays d’origine. Ils se sont félicités des dispositions prises par la France, avec les opérateurs financiers, pour renforcer le dispositif d’épargne co-développement, afin de le rendre plus attractif et plus adapté aux projets d’investissement dans les pays d’origine. Ils ont reconnu la nécessité de soutenir les efforts de développement des Etats africains afin de prévenir les flux illégaux de migrations. Ils ont souligné la nécessité de réguler les activités des intermédiaires des transferts financiers des migrants.

 

  1. Ils ont reconnu l'importance du rôle et des efforts conjoints des Etats, des entreprises et des organisations professionnelles pour mobiliser les financements, moderniser les dispositifs de formation et valoriser les filières professionnelles pour une meilleure qualité de la formation. Ils ont souligné la nécessité d’améliorer l’environnement juridique des affaires en renforçant notamment sa lisibilité et sa prévisibilité afin d’encourager l’activité économique et les investissements. Ils sont également convenus de l’intérêt d’instaurer un cadre de dialogue entre gouvernements et secteur privé, afin d’aider à la mise en œuvre des réformes. Dans ce but, ils ont notamment souligné la nécessité d’entretenir la mobilisation des ressources consacrées à l’aide au commerce.
  1. Ils ont également reconnu l’importance de mettre à la disposition des entreprises, et notamment des PME, des instruments de financement efficaces indispensables à leur croissance. La France s’est engagée à renforcer significativement l’initiative partenariale européenne destinée à cofinancer les investissements des entreprises en Afrique, mis en œuvre avec l’ensemble des institutions de développement européennes. Une nouvelle tranche de ce programme pourrait atteindre 250 millions d’euros en 2010.

 

  1. Les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont également félicités des augmentations de capital des banques multilatérales de développement, en premier lieu le triplement du capital de la Banque africaine de développement décidé à Abidjan le 28 mai dernier, qui doivent en particulier accroître de façon très significative le financement du secteur privé en Afrique.
  1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont souligné la priorité qui doit être accordée à la sécurité alimentaire sur le continent africain. Ils ont appelé à une exploitation durable des ressources halieutiques, vivrières et agricoles africaines. Ils sont convenus de travailler conjointement, dans le cadre de la présidence française du G8/G20 et au-delà, à un mécanisme visant à lutter contre la volatilité du cours des matières premières agricoles et à renforcer la sécurité alimentaire. La France a également annoncé la constitution d’un Fonds d’investisseurs, le Fonds pour l’Agriculture africaine, destiné à soutenir le développement des projets agricoles en Afrique et la distribution des denrées alimentaires. Ce fonds mobilisera, dans une première étape, une enveloppe de 120 millions de dollars, et pourra atteindre à terme 300 millions de dollars.

 

  1. Les Chefs d’Etat et de gouvernement ont affirmé la nécessité de contenir les effets des catastrophes naturelles sur le continent africain.
  1. Ils ont rappelé l’importance du cadre offert par le partenariat stratégique de Lisbonne pour les relations entre l’Afrique et l’Union européenne. Ils se sont engagés à travailler dans la perspective du sommet UE-Afrique de novembre 2010 sur des projets concrets prioritaires d’intérêt commun.

 

  1. Ils ont noté et salué l’adoption de la Charte des entreprises françaises en Afrique présentée lors du Sommet. Ils ont reconnu qu’il s’agit d’un des exemples de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise.
    • Les chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et de France sont convenus de se réunir tous les trois ans, alternativement en Afrique et en France, et de convenir un an à l’avance des thèmes principaux du prochain Sommet. Le prochain Sommet se tiendra en Egypte. Une réunion à mi-parcours des Ministres des Affaires étrangères se tiendra en vue d’assurer le suivi des décisions et engagements pris lors des Sommets Afrique – France.  Un mécanisme de suivi régulier sera, en outre, institué.

     

    Séance de clôture du XXVème Sommet Afrique-France

    ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
    Nice -- Mardi 1er juin 2010

    Madame et Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
    Mesdames et Messieurs,
    Je voudrais tout d'abord remercier le Maire de Nice et la ville de Nice pour son accueil, remercier les très nombreux Chefs d'Etat et de gouvernement qui se sont déplacés. On s'est posé la question de l'utilité de ces sommets et la profondeur et l'intérêt de nos échanges ont montré que l'on avait beaucoup de choses à faire ensemble et beaucoup de chose à se dire. D'abord, je veux dire la fierté de la France de recevoir tant de chefs d'Etats et de gouvernement. La France veut parler avec l'Afrique, avec l'Afrique dans son ensemble. Bien sûr qu'en tant que Président français je suis engagé dans tout le combat de la francophonie mais s'agissant de l'Afrique, la France ne se sent pas amie seulement des seuls pays francophones. Nous avons une histoire ensemble mais entre l'Afrique et l'Europe, entre l'Afrique et la France il y a douze kilomètres qui nous séparent. Est-ce que l'on croit que la pauvreté s'arrête aux frontières de la francophonie en Afrique ? Est-ce que l'on pense que la stabilité, que les guerres, que les problèmes s'arrêtent aux seuls pays qui partagent une histoire heureuse ou douloureuse avec la France ? Ce que nous avons voulu faire d'abord dans ce sommet, c'est que la France parle à toute l'Afrique et je veux dire tout particulièrement au Président de l'Union africaine, au Président de l'Afrique du Sud, au Président du Nigéria, aux présidents de tant de pays qui n'avaient pas une tradition de discussions et de rapprochements avec la France combien nous sommes heureux de les accueillir et combien je pense qu'il était utile de supprimer ce que l'on appelait le « dîner des amis » où l'on invitait seulement une partie des participants au sommet. Vous êtes tous des amis, tous et nous avons avec vous tous des choses à construire ensemble. C'est absolument capital tant la France est convaincue que le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique, ces destins sont liés. Sur l'échec de l'Afrique se construira le désastre de l'Europe et sur le succès de l'Afrique se construira la croissance, la paix et la stabilité de l'Europe. Et pas simplement sur la question de l'immigration, sur toutes les autres questions. Première remarque.
    La deuxième remarque : comment peut-on accepter un monde où 25 % des membres de l'Assemblée générale des Nations unies sont Africains et où pas un seul membre de l'Afrique n'est membre permanent du Conseil de Sécurité. Comment peut-on accepter un monde où 60 % des opérations de maintien de la paix décidées par le Conseil de Sécurité des Nations unies se déroulent en Afrique et sont décidées par un Conseil où pas un membre africain n'est membre permanent dudit Conseil ! C'est une anomalie, c'est une injustice, c'est une source de déséquilibres et ensemble l'Afrique, la France et l'Europe, nous allons remédier à cet état de fait et nous allons nous battre pour que la gouvernance mondiale du XXIème siècle corresponde au XXIème siècle et pas au XXème. Nous avons parlé de toutes les questions difficiles de la sécurité et je voudrais dire à mes amis le Président WADE, le Président BIYA, le Président BONGO, le Président SASSOU toux ceux avec qui l'on a parlé. On a pu parler franchement.
    A quoi cela sert d'être amis si l'on ne peut pas évoquer les questions ou si quand on les évoque c'est uniquement les questions qui sont résolues d'avance. Remarquez, elles ne sont pas très nombreuses. On a parlé notamment des crises institutionnelles, de la stabilité et de la paix. En tant que chef de l'Etat, j'ai dès le début de mon mandat porté la question de la présence de l'armée française en Afrique. Ce n'est pas sulfureux, ce n'est pas impossible, j'ai voulu la transparence. Tous les accords de défense seront publiés. J'ai voulu qu'on en discute ensemble, le Président WADE le sait bien, le Président BONGO aussi, le Président de Djibouti également. On peut le faire tranquillement et j'ai fait valoir à nos amis africains comme c'était compliqué pour nous quand nos forces armées sont présentes, parfois on nous suspecte et quand on veut les retirer, parfois on nous reproche l'indifférence.
    Eh bien nous avons décidé, nous la France, que sur 2010-2012 nous allons consacrer 300 M € à former 12 000 soldats africains pour les forces de maintien de la paix et de la sécurité en Afrique. Cela nous semble beaucoup plus intelligent. Pourquoi ? Parce que la quasi-totalité des crises régionales ou sous-régionales, elles seront mieux résolues si les Africains prennent en charge ces questions plutôt que si d'autres les prennent.
    Comment, pour la France, dire la question de l'ex-Yougoslavie, la question du Kosovo, c'est d'abord une question européenne avant d'être une question américaine et dire en Afrique il n'en serait pas le cas. Cela n'aurait pas de sens.
    Puis on a décidé une autre chose, c'est que sur des crises qui sont du niveau du continent, la lutte contre la piraterie, le Président Somalien, le Président de l'Erythrée sont venus aussi parler, nous dire quels étaient leurs soucis en la matière. Ils ne peuvent pas s'en sortir seuls. Les capacités navales de l'Afrique en général et de l'Afrique de l'Est en particulier rendent impossibles la résolution de ce problème. Le Premier ministre de l'Ile Maurice, le Président des Seychelles, nous ont dit combien toute leur économie était gravement mise en cause par l'affaire des pirates. Là, la France peut être leader comme elle l'a montré pour l'opération ATALANTE pour aider l'Afrique. Pareil pour le terrorisme qui empoisonne cette partie du Sahel, que connaît si bien Abdelaziz BOUTEFLIKA, le Président Mauritanien, le Président du Mali, mon ami Amadou Toumani TOURE qui lutte courageusement contre AQMI. Là aussi nous avons besoin de travailler ensemble. Puis nous avons dit combien était préoccupante l'arrivée de la drogue en Afrique d'abord en Afrique de l'Ouest puis toute l'Afrique et combien vous aviez besoin de nous.
    Ce sont toutes ces questions que nous allons travailler ensemble, main dans la main. Et puis nous avons parlé ce matin, j'en terminerai par là des questions du climat et de Copenhague. S'il y a bien un pays qui est insatisfait de Copenhague, c'est la France. Je parle sous le contrôle de Jean-Louis BORLOO, qui s'était tant dépensé pour que Copenhague soit un succès. Pour autant si Copenhague n'a pas décidé assez ce que Copenhague a décidé c'est d'abord pour l'Afrique. Et j'ai fait valoir à nos amis africains combien il était dommage que sur 53 pays africains, il y en ait que 29 qui ont ratifié Copenhague. On a besoin que tous vous le ratifiez. Pourquoi ? Parce que les financements prévus dans Copenhague c'est d'abord des financements pour l'Afrique. Un certain nombre de présidents ont dit leur scepticisme, il y a eu tant de promesses dans le passé, nous ont-il dit, n'est-ce pas Bernard KOUCHNER, c'est bien ce qui a été le cœur de nos débats. Est-ce que cette fois-ci cela va tenir ? Mais toute la question est là, la France doit être vigilante, sur quoi, d'abord sur les financements innovants comme la quasi-totalité des budgets des pays en développement sont en déficit, j'ai fait valoir à nos amis africains que si nous n'avons pas de financement innovant, il n'y aura pas de financement tout court. Donc la question centrale sur laquelle travaille le Premier ministre MELES que je salue et que je remercie, des financements innovants, ils doivent mis en place sous la forme -- nous nous pensons que c'est une taxation des mouvements financiers mais on peut en discuter. Et la France a fait valoir sa disponibilité pour prendre les responsabilités qui étaient celles de Gordon BROWN dans le cadre du groupe de travail du Premier ministre MELES sur les financements innovants. Nous tenons à ce que fast start rentre en vigueur. 30 milliards de dollars sur 3 ans, 20% pour lutte contre la déforestation. La lutte contre la déforestation est encore meilleure façon d'obtenir la réduction des émissions carbonées. Et donc nous nous mobiliserons pour obtenir concrètement ces financements, il y a un mot qui doit maintenant être dans la suite de tous nos sommets c'est le mot traçabilité. Qui promet, qui organise, qui paie ? Et j'ai proposé que les ministres tiennent chaque année un sommet pour voir où nous en sommes du fast start ou de l'opération raid plus.
    Enfin, dernier point qui concerne les chefs d'entreprise et qui est absolument capital. Tous les chefs d'Etat et de gouvernement nous l'ont dit : « nous voulons -- même pas le transfert de technologies - le partage de la technologie, notamment sur la question essentielle des énergies renouvelables et du solaire ». Tout le monde n'a pas la chance d'avoir du pétrole et même ceux qui ont du pétrole, ils se disent : « de quoi l'avenir va-t-il être fait ? ». C'est un engagement que nous pouvons tenir avec les chefs d'entreprises français -- et je remercie Laurence PARISOT de sa présence - parce que les chefs d'entreprises français, la France, nous avons une technologie, nous sommes prêts à la mettre au service du développement de l'Afrique et il me semble que c'est bien plus intéressant de partager la technologie, de faire ces transferts de technologies, d'installer une véritable politique énergétique au service de l'Afrique plutôt que des budgets d'aide au développement qui n'ont pas toujours tenu leur promesse ni en quantité ni en efficacité.
    Au fond, qu'est-ce que nous voulions vous dire, à vous, nos amis africains ? C'est que la France croit à l'avenir de l'Afrique. La France est optimiste sur les capacités et les atouts de l'Afrique. L'Afrique a une superficie considérable, dans un monde où l'espace va devenir une denrée rare. L'Afrique a une démographie exceptionnelle dans un monde qui va manquer de jeunesse. L'Afrique a un dynamisme, une croissance sur laquelle on peut appuyer un développement économique.
    Et, d'ailleurs, le fait que nos amis chinois, nos amis américains s'intéressent à l'Afrique, pour nous, c'est plutôt une bonne nouvelle. Parce que ce n'est pas leur faire injure que de dire qu'ils ne le font pas de façon totalement désintéressée. Et que, par conséquent, s'ils trouvent intérêt à y aller, cela prouve que nous, les raisons de nous aider et d'être à vos côtés, ce sont des raisons qui ne sont pas liées simplement à l'histoire mais qui sont liées à l'avenir.
    Et puis, il va falloir travailler sur des projets particuliers, c'est ce que vous nous avez demandé, le lac Tchad qui, en trente ans, est passé d'une superficie de 25 000 km2 à 2500km2, le fleuve Niger qui fait vivre tant de millions d'Africains, les projets qui sont ceux du Président WADE.
    Donc vous voyez, cela a été un sommet, en tout cas pour nous, passionnant, également passionné, je voudrais dire à tous encore mes remerciements, je voudrais dire au Président BOUTEFLIKA combien j'étais sensible à sa présence, il est un des sages de l'Afrique, le Président BIYA également, bref, j'ai commencé à faire des énumérations, je ne vais absolument pas m'en sortir, mais vraiment, je pense qu'au prochain sommet, on ne se posera plus la question de savoir « faut-il un sommet ? ». Le prochain, il faudra qu'on voit où il sera organisé, moi, je souhaite qu'il soit organisé en Afrique et c'est plutôt une très bonne nouvelle que la France et l'Afrique débordent de projets, pas de projets les uns contre les autres mais de projets les uns avec les autres.
    Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

     

      

     

     

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