Je commence par faire remarquer que les trois Tana de M. Ben Daouda Toure se ramènent à deux. Tana ala d?une part et Tana mouna-tanatè, d?autre part. Ces deux derniers n?étant que deux nuances d?une même langue, d?une même entité culturelle : le Manden-tan et le Manden-fu. Il n?y aurait donc que trois grégarismes ethno-régionaux :
-Les Tana ala
-Les Tanam-quelque chose
-Et les Niankoye.
Si on comprend bien BDT, les Koniagui, les Krouman et autres animalcules frontaliers n?ont qu?à faire sécession à Kolda au Sénégal ou à Douékoué en Côte d?Ivoire.
Mais ce n?est là qu?un « détail »..
De fait, il n?y aurait que deux grands groupes, deux Tanas, face à Niankoye. Ici il faut que je fasse comme BDT qui en bon publiciste, se cite, pour ne pas se répéter (qu?elle est étrange, cette langue de Molière !) :
Niankoye, réduit à son Etre, à son étantité même, est NKY, et nous sommes en plein c?ur du Koniaka, ka ? Qui avait agité la Toile à la suite d?un article-commentaire d?Ansoumane Doré. J?avais alors improvisé (« Nous venons tous duventre d?un serpent »), en disant que Konia se ramenait à l?Etre, le « Kun ! Fa yakun » du livre saint des musulmans, utilisant l?alphabet d?une langue sacrée d?origine égyptienne, l?Egypte nègre, reprise, habillée parfois maquillée dans les autres livres sacrés du monothéisme.
En somme, les deux Tanas peuvent ou doivent se fondre sur ou dans Niakoye, KN, l?Etre. Les trois Tana étaient trois frères. Et attachez vos ceintures ! Les trois frères viennent du même, qui a nom Thanatos, frère jumeau ou âme damnée d?Eros, abusivement identifié comme le Mal ou la Mort !
Tana tè, tana ala, tanamuna, « n?y a-t-il pas le mal (chez toi ?) »
Tana vient de Thanatos ou l?inverse Le pillage du Nègre n?est pas seulement économique, il fut aussi culturel (Cheick Anta Diop). Enlevez vos ceintures.
Ces trois frères, au lieu de s?aimer comme tels, se font la guerre, depuis Eden, comme leurs ancêtres Sem, Japhet et Cham (Kam le Nègre, maudit fut-il par son père Noé), suivis de Caïn et Abel, jusqu?à nos jours mondialisés, en passant par l?esclavage, le colonialisme, la Françafric, etc.
Donc pour commencer, je dis à BDT, doucement avec les globalisations et les segmentations qui n?ont absolument rien de scientifique. Ni anthropologiquement, ni historiquement, bien évidemment non plus biologiquement.
Venons-en aux racines bien réelles qui devraient donner un fondement aux remarques globalement pertinentes de BDT. Pertinentes seulement en apparence.
« Les » Peuls ont dit « c?est notre tour », il y a deux petites décennies, ou une quinzaine d?années, pour la première fois dans l?histoire de la Guinée qui n?est vieille que d?un petit siècle. En un demi-siècle un Maninka, un « Soussou » et un « Niankoye » ont gouverné. Un règne trois fois rouge, sanglant sur quasiment tous les plans. Avec cependant, il faut le reconnaître, une réussite unique en Afrique, succès qui coiffe au poteau toutes les républiques bananières dans la course au maintien d?une des valeurs cardinales qui font une nation : la paix. Je passe rapidement sur ce miracle éclaboussé par la boue sanglante de Boiro, Wo Fatara et l?horreur d?où a surgi Toumba.
Conté avait pourtant prévenu ses « congénères ».
« Attention, au jour où les Peuls diront « Mi wakily ! ».
C?était pendant les années de braises, au seuil du pluralisme naissant, dans le fracas des grenades à fragmentation, comme celle de Kamsar, qui avait pulvérisé un jeune Peul, tué comme tel. Naturellement, cette paix qui a sévi de 93 à 98 a fait peut-être plus de morts qu?au Mali où ATT et ses compagnons ont dit au bout d?une vingtaine de jours « ça suffit ! », et suivit une salutaire conférence nationale, qui balaya la Culture Modibo-Traoré. En tout cas en exorcisa les excès qui avaient saturé la vie des Maliens. Les morts des années 90 avaient évidemment toutes les couleurs où dominait celle de la volonté « transversale » d?un changement radical.
En Guinée nous avons préféré déguster une paix dans une transition cinquantenaire où le changement social est resté captif domestique de quelque 200 esclaves de Cupidon. Echansons d?Eros qui rivalisent de style dans leur danse du ventre, un striptease où se retrouvent toutes les figures, dans notre Cantique des cantiques :
Tana tè
Tana ala
Tana mu fa
Niakoye mu fa !
Et les Niankoye de BDT croient entendre depuis l?évacuation de Lansana Béavogui à la mort de l?Autre Suprême, d?Eugène Camara et enfin de Dadis, la fausse note :
Niakoye mu fan !
Et voilà qu?il nous rappelle en menaçant : une nation ne se fait pas à tour de rôle. Mais qui a parlé de Nation ? En tout cas pas l?inventeur de la formule qui l?avait lancée à Faranah, « c?est notre tour? ». Là où l?Autre Suprême avait dressé le trône du premier roi de Guinée ou la capitale du premier royaume guinéen, comme on voudra. Donc Ba Mamadou parlait de la gestion de l?appareil d?Etat. Cette confusion entre Etat et Nation que pourtant BDT distingue soigneusement, permet tous les tripatouillages aux cris de vive, à bas l?ethno-machin ! Mais voilà, la démocratie, qu?elle soit occidentale ou tropicale est d?abord alternance.
Ton tour mon tour.
Maintenant, sauf votre respect mes s?urs, on peut reprocher aux Peuls d?être les plus chauds lapins de Guinée. Prolifique comme un Peul, y a pas son deux. On peut reprocher aux Peuls de dire « tous pour un seul, le nôtre ». On peut surtout leur reprocher d?avoir massivement, mieux que les autres, répondu oui à cet appel ethno. On peut même leur reprocher qu?après avoir acheté les consciences, ils ont utilisé les machines les plus performantes pour frauder plus et mieux que les autres, même là où ils ne sont pas majoritaires. On peut leur reprocher d?être plus riches que les autres fraudeurs.
On peut leur reprocher de fermer leurs boutiques à Niankoye et à Tanamou fa-Tanatè., de refuser à ces derniers leurs taxis en direction de Bambéto où ils prospèrent comme des fourmis magnan. Monter les prix quand c?est un b?halèdjo qui veut acheter une « cigarette » de Nido. On peut leur reprocher d?être de mauvais commerçants qui ne respectent pas la liberté du commerce et de l?industrie, surtout, le crime pour offense à la loi de l?offre et de la demande qui ne doit pas faire la différence entre les Tanas acheteurs. On oublie, mais ce n?est qu?un petit détail, l?exode massif de la quasi-totalité des conducteurs de magbana au Libéria où la loi de l?offre et la demande aménageait des conditions de travail plus alléchantes aux Niankoye-Kogna, un moratoire de vignettes, des coutchas et autres tracasseries policières. Un détail dans la nébuleuse « antinationale » de la cinquième région de la nation, ces quelque trois à cinq millions d?anti-guinéens ! Passons et ne retenons que les singularités ou contradictions ethno peules qui devraient faire d?eux de piètres commerçants et finalement les plus pauvres en Guinée.
Non, ils se paient le luxe d?être les plus riches par dessus le marché, ces bouviers !
« Trop c?est trop, donc tout sauf.. »
Un pas qu?il ne faut pas franchir O frères humains qui après nous vivrez !
Ici, l?honnêteté intellectuelle m?amène à faire une digression même si nous sommes au c?ur du sujet. Mon frère Billo Pullo torodo, le Jean-Paul Sartre de sa promotion fait partie des hommes de réflexion les plus solides de la Toile. Il y en a beaucoup parmi notre intelligentsia exilée ou non. Tous n?écrivent pas, ne parlent pas durant les réunions publiques. Donc leur rareté sur la Toile ne doit pas nous rendre pessimistes. Je lui dis cependant toute explication fondée sur la notion d?ethnie est aléatoire, voire volatile comme cette notion. Volatile comme l?essence. Donc extrêmement dangereuse par les temps qui courent. Il écrit :
« M. SIDYA TOURE, qualifié par les urnes pour le deuxième tour, est éliminé par le généralSEKOUBA KONATEetBEN SEKOU SYLLAen raison de son appartenance ethniqueminoritaire. En effet, c'est moins risqué de brutaliser une petite minorité ethniquecroient-il, que de reconnaître la défait électorale de celui avec lequel ilspartagent une fraternité ethnique(souligné par moi).
Il se trouve que Sidya le Diakanké est donc un Sarakollé, comme Ben Sékou Sylla est un Sarakollé. Un Sylla traitre à sa « classe » noble d?origine. Traitre comme tous les Sylla garankè. Le père de Ben qui se nommait Sourakhata Sylla, était cordonnier de son état, parti de Dinguiraye pour s?établir à Dabola, ville cosmopolite. Venu passer le CEPE, comme la plupart des primairiens de Dinguiraye, j?ai habité chez Sourakhata. Sa générosité n?avait d?égale que celle de Saïdou Sall, 6è avenue Conakry qui était le tuteur des jeunes collégiens de la même époque.
Qu?un Sylla se fasse cordonnier, cela est une trahison dit le mythe sarakollé. C?est donc un Sylla nimissè, Sylla (du) regret, du repentir, dont l?ancêtre est Timi Sylla (1), le premier Sylla cordonnier dit le mythe sarakollé. Ben Sékou a peut-être trahi, mais pour d?autres raisons, certainement pas pour une « fraternité ethnique ». Ce qui me rassure, c?est que Billo lui-même n?a pas tellement l?air de croire trop à cet argument ethno. Mais il faut absolument quitter les sables mouvants de l?ethnicisme qui miroitent de toutes les tentations et des mirages de la Terre promise pour l?après 27 Juin. Je comprendrais que Ben Sékou se fût mandin(dé)guisé. Mais l?acculturation comme explication nous mènerait à une autre transposition, et alors il me faudrait écrire ici un bouquin. Et ce n?est pas la lettre de l?explication de Billo. L?intelligence seule, mène souvent dans les ténèbres. Nous devons sans cesse relire nos classiques. Nous les doyens. Et
Ecouter plus souvent les choses que les êtres (Birago Diop ?).
Il m?a suffi d?avoir échangé deux ou trois mots et de quelque dizaine de minutes avec BDT l?été dernier à Conakry, pour être à peu près convaincu qu?il ne tuerait pas une mouche, même pas une mouche cueillie sur le dos d?une vache « peul ». Il se débrouille comme nous tous, qui nous dépêtrons dans cette Toile d?araignée guinéenne, pour paraphraser Tsiranana, parlant des Présidents baptisés par Foccart. Senghor et Houphouët étant les exceptions selon l?inénarrable auguste Malgache.
Pour autant, je suis très souvent peiné par la bassesse du niveau des « analyses »s de certains « êtres », intellectuels ou activistes politiques. Je ne parle pas du « tout saufCellou » ni en face, du « tout sauf alpha » qui se neutralisent. Je songe aux progrès vertigineux de l?anémie ethno-intellectuelle qui nous conduisent à ce que les deux républiques assassines ont, bon an, mal an, su nous éviter : cette guerre civile larvée. On me dira si elles nous l?ont évitée, c?est en en faisant le lit. Certes. Mais nous ne sommes pas obligés d?attraper ce témoin ignoble d?un décathlon qui s?interrompra forcément dans le sang, avec des manches longue et des manches courtes qui ne pourront plus le transmettre faute de ..mains.
« Cellou le Peul sera un président dangereux ».
Pourquoi ?
Il a volé.
Comme les quelque deux cents prédateurs qui continuent à sévir, même pendant « notre » gouvernement issu de nous-mêmes, en application des accords de Ougadougou. Et qui s?est assis sur les résultats des audits de M. Ousmane Kaba, aujourd?hui porte-parole d?une coalition de soutien à Alpha ? Ce silence coupable de ses pairs candidats à la magistrature suprême était une des raisons de sa rupture avec Sidya. « Cellou voleur » ne saurait être plus qu?un slogan de campagne. Le verdict même ethnique est sans appel. Un marketing politique totalement inoffensif.
Qui a osé donc lancer ainsi la première pierre parmi les 24 candidats ? On me dira, oui mais il n?en reste plus que deux. Eh quoi, cet « argument » n?a pas beaucoup servi avant l?annonce des résultats « calamiteux » ! Passons encore sur ce retour de mémoire.
On a donc déjà vu dans une boule de cristal l?équipe de Cellou ? A propos, de quelle couleur est celle d?Alpha ? Alpha a les mains propres sans doute. Et cela devrait suffire pour se faire une religion dans l?isoloir. Certes. Justement, si cela est suffisant, pourquoi en rajouter en brandissant les « tares » de Cellou, dont celle d?être un Peul ne serait pas la moindre ? Cellou qui vient au pouvoir, ce seraient un million de Peuls au gouvernement, voire tout le Fouta !
M..
Donc on ajoute ou on malaxe : Cellou, c?est Lansana Conté, c?est le PUP. Et le PUP c?était sans doute le tout Fouta !
Encore M..
L?agora intellectuelle guinéenne menace de devenir un véritable préau d?asiles où des débiles légers et des schizophrènes se disputent à propos de la position de la lune :
Le doigt qui la montre ou la tache lumineuse qui la représente ?
De « La reproduction » (Pierre Bourdieu), je tire la leçon que des structures ethnopolitiques enracinées depuis plus de cinquante ans ne peuvent reproduire que des structures ethnoplitiques. Or voici la thérapie qu?on nous offre : il faut liquider les ethnies. A entendre certains, au fond, pour reprendre un des tics langagiers de Ba Mamadou le père criminel de l?ethnicisme, il y aurait trop de tribus à liquider, contentons-nous de liquider « seulement » la plus nombreuse. Qu?on ne m?accuse pas de catastrophisme. En ces heures de tous les périls, stigmatiser tout un ensemble culturel équivaut à vouloir le liquider.
Funèbre pétition de principe. On résout un problème en disant « ouf, il n?y aplus de problème on vient de jeter l?enfant malade »
Avec l?eau du bain. Autre « méthode » à la perlimpinpin.
J?entends déjà mon contradicteur préféré proférer, qu?est-ce que vous proposez enfin doyen ?!
Rien du tout. Je ne suis pas grigriman (Amadou Kourouma). Je dis seulement taisez-vous, là-bas au fond de la classe !
Et souvenez-vous des journées de Janvier et Février 2007. Les morts et les vivants d?alors n?étaient d?aucune ethnie. Le peuple debout était UN. Le peuple couché était UN. Attendons de voir laquelle des postures il prendra le lendemain trop proche d?un certain « Considérant.. »
Wa Salam !
Note (1) Le geste qui a déchu Timi Sylla de la « classe » des Nobles ne fut pas moins un geste de noblesse, puisqu?il fut dicté par l?urgence et la nécessité de sauver la communauté Sarakollé d?alors. Le mythe en effet dit en substance que voyant une menace venir, en l?absence du cordonnier préposé à l?utilisation du tambour à nouvelles, Timi se résolut à prévenir le village, et donc se sentit contraint de jouer de l?instrument, quitte à tomber dans la caste des « garankè ».